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.Famille impériale d'Iran.
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Spéculations autour de Reza Pahlavi, "parrain de coeur" de la princesse Louise |
BRUXELLES - La princesse Louise, petite-fille du roi des Belges Albert II, n'a toujours pas de parrain six mois après sa naissance et Reza Pahlavi, le fils du shah d'Iran, de confession musulmane, pourrait devenir parrain "de coeur" de la princesse à défaut de l'être officiellement.
Juste après la venue au monde de sa fille en février, le prince Laurent, fils cadet du roi Albert, avait déclaré avoir un "ami musulman" à qui il "souhaitait confier ce rôle de parrain", sans dévoiler son identité.
Les médias belges avaient évoqué le nom de Reza Pahlavi, qui vit aux Etats-Unis et est un ami du prince Laurent et de son épouse la princesse Claire, ce qui avait causé l'embarras du gouvernement belge, soucieux d'éviter une crise avec Téhéran.
Ce lundi, le Palais royal à Bruxelles indiquait qu'"aucune date" n'avait encore été fixée pour le baptême de Louise, huitième petit-enfant des souverains belges et onzième dans l'ordre de succession au trône de Belgique et qu'aucun nom de parain n'a été officialisé.
Pourtant, selon le journal belge Vers l'Avenir, une cérémonie pourrait avoir lieu en septembre. Mais, affirme le quotidien, "la princesse Louise n'aura pas de parrain aux yeux de l'Eglise catholique", le droit canon ne reconnaissant pas de parrains d'autre obédience que la confession catholique.
Reza Pahlavi devrait cependant assister au baptême de Louise et, "dans le coeur de Claire et de Laurent, il sera considéré comme parrain", relève le journal, qui souligne toutefois que "rien ne pourra être officialisé".
Le porte-parole des évêques de Belgique souligne qu'aux yeux de l'Eglise, pour qu'un baptême ait lieu, il "suffit" que soit le parrain, soit la marraine, soit catholique.
Si l'un des deux ne l'est pas, "on ne peut pas lui demander de s'engager à aider les parents dans l'éducation catholique de leur enfant". Mais il "a sa place dans la cérémonie, c'est une sorte de parrain de coeur", a ajouté le porte-parole des évêques.
(source : AFP)
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LA DYNASTIE DES PAHLAVI |
Elle fut fondée par :
Reza chah Pahlavi (né le 16 mars 1878)
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Reza chah, général de la brigade des Cosaques et ardent nationaliste, s'allia avec le politicien réformiste Ziya ed-Din Tabatabaï, marcha sur Téhéran et s'empara de la capitale le 21 février 1921. Ministre de la Guerre dans le gouvernement formé par Ziya ed-Din, il devint le maître du pays au départ de celui-ci, trois mois plus tard. Devant l'hostilité du clergé chiite, il renonça à fonder une république et, le 12 décembre 1925, déposa le dernier chah de la dynastie des Qadjars et monta sur le trône. Il forgea rapidement une armée puissante et disciplinée avec laquelle il réduisit à l'obéissance les tribus indociles. En 1933, il imposa à l'Angleterre une nouvelle concession pétrolière plus conforme aux intérêts de la Perse que celle accordée en 1901 à l'Anglo-Persian Oil Company. Reza chah entreprit la modernisation et l'industrialisation, réforma les moeurs et usages traditionnels, rebaptisa le pays qui devint Iran en 1935, tandis que les mots turcs et arabes étaient éliminés du langage, réduisit l'autorité du clergé. En dépit de ses sympathies pour les régimes dictatoriaux, il tenta de rester neutre pendant la Seconde Guerre mondiale. mais, en 1941, les troupes russes et anglaises, auxquelles il refusait le passage à travers l'Iran, envahirent alors le pays et contraignirent Reza chah à abdiquer en faveur de son fils (16 septembre). Il mourut à Johannesburg (Afrique du Sud) le 26 juillet 1944.
Son fils, Mohammed Reza Pahlavi, né le 26 octobre 1919 à Téhéran, lui succéda.
Formé à l'occidentale, il opéra la transition entre la dictature établie par son père et une très ferme monarchie constitutionnelle. Il entreprit un vaste programme de réformes économiques et sociales financé par les immenses revenus du pétrole. L'Iran devint alors l'une des grandes puissances du Moyen-Orient. Partisan d'une modernisation rapide du pays mais tout à fait opposé à une évolution des institutions politiques, faisant un grand usage de sa police politique, la Savak, Mohammed Reza rencontra la double opposition des milieux religieux traditionalistes et des progressistes. Il ne sut répondre aux manifestations que par une répression de plus en plus meurtrière, directement responsable de la révolution qui le balaya en janvier 1979. Il fut condamné à mort par contumace mais mourut en Egypte, d'un cancer, le 27 janvier 1980.
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BIOGRAPHIE de
SON ALTESSE IMPERIALE LA PRINCESSE
SORAYA
Esfandiary Bakhtiary
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A Ispahan, dans un jardin planté de roses, de pavots et de jasmin, une petite fille, Soraya Esfandiary, regarde le ciel où passe, au loin, l'avion du Roi des Rois. L'inaccessible Shah-en-Shah qui, moins de dix ans plus tard, deviendra son époux.
Née en 1932 à Ispahan, capitale de l'Empire perse, Soraya Esfandiary appartenait à la tribu des Bakhtiaris. Son grand-père en avait été Sardar Assad (chef suprême) à la fin du XIXè siècle. Elevée dans une école iranienne fondée par des missionnaires anglais, elle est envoyée en Suisse pour poursuivre ses études. Lorsque le chah divorce, en 1949, d'avec Fawzieh, soeur du roi Farouk d'Egypte, la cour pense aussitôt à la tribu des Bakhtiaris qui occupe une place importante dans la géographie politique iranienne puisque de nombreux gisements de pétrole sont situés sur son territoire. La soeur du chah, envoyée à la rencontre de la jeune femme, est séduite par son exceptionnelle beauté, et le mariage de Soraya avec Mohamed Reza Pahlavi est célébré le 12 février 1951. Un mariage tout droit sorti d'un conte des Mille et Une Nuits pour une jeune fille de dix-sept printemps. Mais le rêve tourne au cauchemar.
Pendant deux ans, l'impératrice partage avec son mari les vicissitudes d'un règne agité. Il lui faudra supporter les intrigues de la cour. Et rapidement se pose le problème de la descendance, le trône d'Iran étant sans héritier depuis la mort du frère de l'empereur, en 1954, dans un accident d'avion. Répudiée par le souverain après sept ans pour n'avoir pu lui donner d'héritier, le 13 février 1958, la princesse Soraya quitte Téhéran.
L'ex-impératrice, titrée princesse Soraya par son époux, ne reviendra plus en Iran.
Soraya, la princesse triste (elle sera surnommée dorénavant "la reine triste"), tente d'oublier son drame dans l'ivresse des mondanités. Devenue une icône de la jet set, elle noie sa solitude d'une fête à l'autre.
Elle séjourne alors en Europe, et tente sans succès d'entamer une carrière d'actrice en interprétant Les trois Visages d'une femme, de l'Italien Mauro Bolognoni, en 1964. mais son destin la rattrape. Comme si son avenir, décidément, était derrière elle. "J'ai tout gardé en mémoire" répondait-elle lorsque l'on s'étonnait de ne rien trouver chez elle qui rappelait son passé. Et si à Rome, auprès de Franco Indovina, un jeune réalisateur, elle reprend goût à la vie, le bonheur lui échappe à nouveau, à cause d'un terrible accident d'avion dans lequel Franco meurt.
Elle s'était établie définitivement à Paris à la fin des années 70. Dotée de confortables revenus, elle y menait une existence triste, mais luxueuse entre son appartement de l'avenue Montaigne, sa villa de Marbella en Espagne et quelque séjours réguliers à Saint-Moritz ou à Monaco. Elle se rendait aussi souvent en Allemagne (elle était demi-allemande par sa mère).
Usée par le sort, elle s'est éteinte un jour d'hiver comme elle avait vécu, solitaire dans son appartement de l'avenue Montaigne, à Paris, le 25 octobre 2001.
Son seul héritier, son frère Bijan Esfandiary, qui résidait à Cologne, en Allemagne (pays dont il avait adopté la nationalité) est mort d'une crise cardiaque, trois jours à peine après sa soeur.
En 1991, la princesse avait publié son autobiographie, Le Palais des solitudes.
En 1987, elle s'était rendue en Egypte. Elle put s'incliner sur la tombe de Mohamed Reza.
A la fin de son livre, elle raconte :
"J'ai serré la main de Bijan.
Comme Reza Shah, son père, Mohammed Reza repose à jamais en terre étrangère, loin de la Perse, ce pays qu'il aimait à s'en écarteler.
Le Caire... La Sicile. Mohammed Reza... Franco. Et me reviennent en mémoire ces vers de Khayyâm :
" Sur les tombes des rois s'élancent les gazelles.
Sur celle du poète pousse la marguerite."
Vous étiez différents.
Et je vous ai aimés."
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Farah Diba : "Ma vie" La dernière impératrice |
"Lorsque j'ai demandé à Farah Diba si elle accepterait de rédiger ses Mémoires, elle a souri en répondant :"Vous n'êtes pas le premier à me le proposer." Bernard Fixot est un éditeur heureux. Il est "celui" qui a obtenu que l'impératrice parle. Le contact date de onze ans, c'est dire les réticences, la souffrance face à cette vérité que la souveraine estime devoir aujourd'hui à ses enfants et au peuple iranien. Elle se souvient de son enfance, de sa gloire. Elle raconte, et cela devient un thriller, la violence des chantages politiques autour du Shah en exil, et puis sa mort. Elle exprime sa foi en l'avenir de l'Iran. Le livre paraît en Europe (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne...) et aux Etats-Unis. Pour "Le Figaro-Magazine" du Samedi 11 octobre 2003, des extraits de son livre.
(Patrice de Méritens)
" Le chagrin me broie le coeur, intense, intact, quand je me remémore ce matin de janvier 1979. Un silence angoissant s'était abattu sur Téhéran, comme si notre capitale, à feu et à sang depuis des mois, retenait soudain son souffle. Ce 16 janvier nous partions, nous quittions le pays, estimant que le retrait momentané du roi contribuerait à calmer l'insurrection. La décision en avait été prise une dizaine de jours plus tôt. Officiellement, nous nous envolions pour quelques semaines de repos à l'étranger. C'est ainsi que le roi avait voulu présenter les choses. Y croyait-il ? L'immense détresse que je lisais par instants dans son regard me laissait penser que non. (...)
Il avait neigé, le vent acerbe des sommets de l'Alborz soulevait ici ou là des tourbillons cristallins dans le soleil levant. La nuit avait été calme, étrangement calme, de sorte que le roi avait pu dormir quelques heures, au moins ça. Affaibli par la maladie, secrètement miné par les événements, il avait beaucoup maigri au fil de l'année passée. Et puis ces dernières semaines, en dépit de la loi martiale, chaque nuit des manifestants étaient parvenus à grimper sur les toits, bravant les militaires, et leurs cris de haine nous étaient arrivés jusqu'au palais. "Allâh-o akbar, marg bar shâh ! (Allah est le plus grand, mort au shah ! ) J'aurais tout donné pour protéger le roi de ces insultes.
Nous étions sans enfants désormais. Les visites impromptues de ma petite Leïla, le regard timide et plein d'amour de Farahnaz pour son père, les blagues et les rires d'Ali-Reza, extravagances affectueusement tolérées par mon mari, avaient déserté le palais. J'avais repoussé leur départ jusqu'au dernier moment, pressentant qu'il signerait sans doute la fin d'une vie familiale qui nous avait comblés près de vingt années durant. Notre fils aîné, Reza, se trouvait aux Etats-Unis où il suivait une formation de pilote de chasse. Alors âgé de 17 ans, il téléphonait quotidiennement de là-bas. J'essayais de le rassurer. (...) Dans le même temps, généraux, politiciens, universitaires et quelques religieux se succédaient au palais pour faire part à mon mari de leurs suggestions. Certains prônaient une solution pacifique et politique. D'autres le suppliaient d'autoriser l'armée à ouvrir le feu et, invariablement, le roi leur rétorquait qu'un souverain ne peut sauver son trône au prix du sang de ses compatriotes, "un dictateur, oui, mais pas un souverain". Et, fermement, il les éconduisait. (...)
Luttant contre le vent, nous gagnâmes l'appareil que nous utilisions pour les voyages officiels, un Boeing 707 bleu et blanc baptisé Shâhine, "Epervier". Parvenu au seuil de la passerelle, le roi se retourna et le petit groupe qui nous escortait s'immobilisa. De ce face-à-face, je conserve la mémoire d'une émotion insoutenable. Les hommes présents étaient des officiers, des pilotes, des personnalités de la Cour, des membres de la garde impériale qui avaient tous largement fait preuve de leur courage, et cependant on les sentait là dans une indescriptible détresse. Un à un, ils baisèrent la main du roi, leurs visages noyés de larmes. (...) Aussitôt à bord, le roi s'assit aux commandes de l'appareil. Du décollage, je n'ai conservé aucun souvenir, hébétée par la violence de ce que nous venions de vivre.
(Dans l'avion qui l'emporte vers l'Egypte, Farah se souvient de leur première rencontre : au printemps 1959, à l'ambassade d'Iran à Paris. Elle a 20 ans et suit des cours d'architecture à l'école du boulevard Raspail. Quelques semaines plus tard, à Téhéran, la voilà invitée chez la première fille du Shah, la princesse Shahnaz...)
Nos rapports devinrent suffisamment amicaux pour qu'il me proposât de l'accompagner de temps en temps dans ses promenades en voiture autour de Téhéran. Ainsi nous quittions la ville pour une heure ou deux à bord d'un véhicule rapide, discrètement suivis par une automobile de la Sécurité. Nous apprenions à nous connaître, lui plus que moi, parce que je n'osais pas encore l'interroger, mais nos conversations ou nos silences, étaient toujours détendus - il avait vraiment le don de me mettre à l'aise, d'un mot, d'un sourire. Alors, je pouvais me laisser aller au plaisir d'être là, près de lui. C'était en même temps simple et enivrant. (...)
Une nouvelle invitation à dîner de la princesse Shahnaz ma parvint. Nous étions nombreux, ce soir-là, autour du roi, une vingtaine peut-être. Les conversations étaient légères, et le roi souriant, ne laissant rien paraître des soucis, ou des tensions, qui devaient inévitablement l'habiter. Comme nous étions au salon, je vis soudain les convives s'éclipser un à un, et nous nous retrouvâmes, le souverain et moi, seuls sur un canapé. Alors, très sereinement, il me dit quelques mots de ses deux unions précédentes, la première avec la princesse Fawzia d'Egypte qui lui avait donné sa fille Shahnaz, la jeune princesse, la seconde avec Soraya Esfandiari Bakhtiari, dont il avait espéré vainement un fils. Puis il se tut, me prit la main et, plongeant son regard dans le mien, il me dit : "Acceptes-tu de devenir ma femme ? - Oui ! Je répondis "oui" immédiatement, parce qu'il n'y avait pas à réfléchir, parce que je n'avais aucune réserve, c'était oui, je l'aimais, j'étais prête à le suivre. (...) "Reine, ajouta-t-il, tu auras beaucoup de responsabilités à l'égard du peuple iranien."
(En 1962, le Shah lance la "Révolution blanche" : réforme agraire, nationalisation des forêts et pâturages, privatisation d'entreprises d'Etat, participation des ouvriers aux bénéfices, projet de vote des femmes. Farah s'engage dans cette action, voyage dans toutes les régions...)
Je présidais des réunions de travail avec le gouverneur, les maires, les représentants de telle ou telle catégorie de la population. Quand les ministres étaient là, ils entendaient de leurs propres oreilles, mais je demandais de toute façon à mon chef de cabinet de tout noter. Ici, ils sollicitaient l'eau potable, l'ouverture d'une route ; là, un bâtiment scolaire digne de ce nom et un bain public ; ailleurs encore, une antenne médicale. Ce qui me bouleversait chaque fois, c'est qu'en dépit de leur dénuement je percevais leur amour pour le roi... J'avais le sentiment qu'ils étaient pleinement conscients de l'engagement total du roi pour l'Iran, conscients qu'il faisait l'impossible pour les soulager mais qu'on ne pouvait pas combler du jour au lendemain un retard de plusieurs siècles.
Jamais, durant ces voyages, je n'entendis s'exprimer l'opposition des religieux à l'émancipation de la femme, ou à la réforme agraire. Partout ces mollahs, qui devaient plus tard plonger le pays dans la guerre et l'obscurantisme, m'accueillirent avec des mots élogieux pour mes oeuvres sociales, et des sourires que je croyais sincères. Certains l'étaient sans doute. Les chefs religieux chiites ne me serraient pas la main, mais les sunnites le faisaient. Tous me sollicitaient surtout pour la restauration des lieux saints. Ils connaissaient l'intérêt que je portais à ces sanctuaires, où j'éprouvais le désir de me recueillir.
J'aimais l'imprévu dans ces voyages, ce qui surgissait sans qu'on s'y attende, car alors j'avais la certitude d'atteindre l'Iran profond. Quand je me déplaçais en hélicoptère, et que nous survolions un village, une oasis, un paysage qui soudain provoquait en moi une émotion particulière, je demandais au pilote de se poser. Une fois, en Azerbaïdjan, j'avais dû insister pour qu'il atterrisse en bordure d'un lac teinté d'une grande poésie. L'endroit était absolument désert et le pilote ne comprenait pas ce qui m'y attirait. Or, à peine étions-nous posés que nous vîmes accourir des collines des femmes, des enfants, et puis des cavaliers. Nous étions, les uns et les autres, éblouis de nous découvrir là. Eux n'en croyaient pas leurs yeux : j'étais véritablement tombée du ciel dans le dernier lieu où on m'aurait attendue ! Et moi, j'étais si heureuse de cette rencontre laissée aux bons soins du hasard... Un quart d'heure plus tôt, ni eux ni moi ne la préparions, et à présent nous étions face à face. Certains hommes s'agenouillèrent, mais les femmes pour la plupart laissèrent éclater leur joie. Ce fut un moment magnifique qui effaça d'un coup toutes les fatigues. Elles m'embrassèrent, me pressèrent sur leur coeur comme si j'étais l'une d'entre elles de retour au pays. Beaucoup me recouvraient la tête de leur voile, dans ce geste familier de chez nous, et leur salive sur mes joues était comme une marque vivante de leur affection. (...)
(Printemps 19777 à Paris, premier coup du destin : Farah apprend que le Shah est atteint depuis quatre ans d'une maladie du sang, dite "de Waldensröm", qui affecte sa rate. Agissant à l'insu du roi, les médecins estiment cette révélation nécessaire. Bien que le diagnostic ne soit pas énoncé formellement, l'impératrice comprend qu'il s'agit d'un cancer...)
Je garde de cette rencontre un sentiment d'effroi glacial que le temps n'a pas effacé.
(Deux ans plus tard, affaibli, le roi en exil atterrit à Assouan, première étape d'une longue errance...)
Ce 16 janvier 1979, en milieu d'après-midi, flottait sur la ville une douceur presque printanière. Le président Sadate, son épouse et leur fille nous attendaient sur le tarmac. Sachant dans quel état nous étions, tout en ignorant la maladie du roi, ils nous reçurent avec une affection particulière. Lorsque mon mari eut achevé de descendre lentement l'échelle de coupée, le président égyptien s'avança et l'étreignit. "Soyez assuré, lui dit-il, que ce pays est le vôtre, que nous sommes vos frères et votre peuple."
Le roi, dont l'épuisement était manifeste, laissa alors percer une grande émotion et, durant un instant, les deux hommes se figèrent, les yeux dans les yeux. Puis Jehan Sadate m'embrassa très tendrement, avec des mots de bienvenue pleins de chaleur, et comme sa fille à son tour me sautait au cou, j'eus soudain le sentiment de retrouver la bienveillance d'une véritable famille après des mois de tension, de déchirements.
(...) Six jours seulement après notre arrivée en Egypte, nous nous envolâmes pour le Maroc. L'invitation du roi Hassan II avait soulagé mon mari, qui ne voulait pas abuser de l'hospitalité du président Sadate. Ce dernier, pourtant, avait renouvelé son invitation, faisant notamment valoir que l'Egypte était plus proche de l'Iran pour entreprendre la résistance qu'il imaginait. (...) Le 1er février, nous apprîmes par la radio l'arrivée à Téhéran du "Guide" de la Révolution. (...) Cependant, Alexandre de Marenches, le patron des services spéciaux français, avait rencontré mon mari à Marrakech pour lui exposer les risques que nous faisions courir à notre hôte, le roi du Maroc. Ils étaient d'ordre diplomatique, bien sûr, mais également privé puisque, d'après M. de Marenches, l'ayatollah Khomeyni avait ordonné à ses fanatiques d'enlever des membres de la famille royale pour les échanger ensuite contre nos propres personnes. M. de Marenches en avait informé le roi Hassan II qui, avec beaucoup de courage, lui avait rétorqué : "C'est abominable, mais ça ne change rien à ma décision. Je ne peux refuser l'hospitalité à un homme qui vit un moment tragique de son existence !"
Il nous fallait trouver un autre asile, c'était urgent.
(Un séjour médical du Shah à New York provoque la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran. Les mois s'écoulent. Dans un contexte de crise aiguë, séparé de ses enfants, le couple impérial passe du Maroc aux Bahamas, puis au Panama. L'état de santé du roi s'aggrave. Les médecins concluent à l'urgence de l'opération, mais les équipes ne sont d'accord ni sur les actes chirurgicaux à accomplir, ni sur la thérapie elle-même. L'Iran de Khomeyni appelle au meurtre et réclame l'extradition du Shah. Trop d'enjeux politiques, désormais, empêchent l'intervention.)
J'appelai Jehan Sadate, qui prenait régulièrement de nos nouvelles. J'avais compris qu'aucun médecin n'opérerait jamais mon mari au Panama, que notre situation était sans espoir. "Venez, me dit-elle, nous vous attendons en Egypte."
(...) Quatorze mois d'errance, de souffrances multiples, d'humiliations venaient de s'écouler et, comme pour les effacer, le président Sadate et son épouse nous attendaient au bas de la passerelle, sur le traditionnel tapis rouge. La Garde d'honneur était également là. Le roi en fut touché au point que ses yeux s'embuèrent. Comme il l'avait fait quatorze mois plus tôt, Anouar el-Sadate l'étreignit avec chaleur. Le roi était affaibli.
Le président égyptien nous avait fait préparer le palais Kubbeh, qu'un beau parc isole des bruits de la ville et, symboliquement, il tint à en faire les honneurs au souverain malade avant de l'accompagner jusqu'à l'hôpital militaire Maadi où une aile lui avait été réservée. Les conditions étaient enfin réunies pour que fût menée cette ablation de la rate préconisée un an plus tôt par le professeur Flandrin, lors de notre séjour aux Bahamas, et sans cesse ajournée depuis. Les conditions étaient également rassemblées pour faire venir les enfants... Ils arrivèrent très vite, et pour la première fois depuis les temps lointains et heureux de Téhéran, nous nous retrouvâmes en famille, sans crainte d'être chassés du jour au lendemain. Cinq jours s'écoulèrent avant l'intervention, cinq longs jours que je vécus dans une grande angoisse...
(Opération "techniquement" réussie. Mais, le 16 juillet 1980...)
Le roi semblait miraculeusement récupérer ses forces, si bien que je décidai d'envoyer à Alexandrie nos trois plus jeunes enfants. Je voulais les sortir de cette ambiance terriblement angoissante de l'hôpital dans laquelle ils vivaient depuis un mois.
Or, le soir même, mon mari sombra brusquement dans une sorte de coma. "C'était l'époque du jeûne, écrira plus tard le professeur Flandrin, et dans ce pays de stricte observance qu'est l'Egypte, il n'était pas question de changer les habitudes. Nous rentrions en fin d'après-midi à l'hôtel Méridien pour ne retourner à l'hôpital Maadi qu'à la nuit, une fois le jeûne rompu, et après que notre chauffeur se fut restauré. (...) Quand nous arrivâmes, régnaient un silence inhabituel à l'étage et une atmosphère de consternation. La situation s'était brutalement aggravée, et nous n'avions pas été prévenus de l'événement qui devait dater de deux heures à peine. (...) Je me souviens particulièrement du spectacle poignant de la grande fille, Farahnaz, pelotonnée à genoux au bord droit du lit, et qui tenait en l'embrassant la main de son père, avec sur le visage une espèce de sourire extatique, et répétant en persan : "Baba, Baba." Sur le bord gauche du lit, nous continuions à surveiller la tension artérielle et à passer le sang à la pompe. Nous nous limitâmes aux seuls gestes qui étaient raisonnables, et le monarque s'éteignit paisiblement au matin. Sous l'oreiller du défunt, Sa Majesté la reine retira alors devant mes yeux le petit sachet contenant de la terre d'Iran emportée au moment de l'exil." (...)
Farahnaz était en effet au bord du lit de son père, Reza se tenait au pied, et moi de l'autre côté, près des médecins. Le roi eut deux brèves respirations, puis il inspira longuement et se figea, c'était fini.
EXTRAITS CHOISIS PAR PATRICE DE MERITENS
(pour Le Figaro Magazine du 11 octobre 2003)
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Confession
FARAH PAHLAVI
"J'ai écrit pour ne pas devenir folle"
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Ses mémoires font un tabac, sa troisième petite-fille est née le 17 janvier chez son fils Reza, le public l'adore... Des bonheurs fugaces pour une femme au destin exceptionnel et tragique. En exclusivité, Farah revient sur ses épreuves. Et parle de la mort en toute sérénité.
Par Vincent Meylan
Point de Vue : Votre livre de mémoires s'est vendu à 250 000 exemplaires, aviez-vous envisagé un tel succès ?
Farah Pahlavi : Jamais à ce point ! Détrôner le fils du général de Gaulle* qui m'a précédée pendant plusieurs semaines en tête des ventes n'a pas été facile (elle rit). Mon livre est traduit en espagnol. En mars, il va sortir aux Etats-Unis, en Allemagne et même en République tchèque. Mais ce qui me fait surtout plaisir, c'est de savoir qu'il se vend sous le manteau, en français, à Téhéran.
Comment expliquez-vous un tel engouement ?
Mon destin de jeune fille normale devenue reine qui a presque tout perdu est extraordinaire. En plus, ce succès, je l'ai d'abord obtenu auprès des Français qui m'ont adoptée le jour où ils ont découvert Farah Diba, une jeune Iranienne, étudiante en architecture à Paris, soudain devenue la fiancée du shah d'Iran. Leur intérêt ne s'est jamais relâché. Dans la rue, les gens me reconnaissent, ils m'accostent ou me font un sourire. D'ailleurs, depuis la sortie du livre, je découvre une nouvelle génération. Des jeunes qui m'ont vue à la télévision ou entendue à la radio et qui me demandent une dédicace pour leur mère, leur grand-mère ou leur tante. Au-delà de ma personne, peut-être est-ce aussi l'Iran qui intéresse. Beaucoup de lecteurs m'ont avoué avoir découvert un pays dont ils entendent parler depuis des années, mais dont ils ne soupçonnaient ni la beauté, ni la culture, ni les traditions.
Vous y évoquez la condition de la femme iranienne. Comment avez-vous réagi en apprenant que l'avocate Shirine Ebadi avait reçu le prix Nobel de la Paix en 2003 ?
Cela a renforcé la confiance que je porte à mes compatriotes depuis vingt-cinq ans. Elles ont montré leur courage et leur force en luttant, à leur manière, pour conserver leurs rares droits, notamment celui de voter, obtenu en 1963. Le régime islamique n'a pas pu abolir toutes les réformes mises en place par le roi, mon époux. Elles continuent à aller à l'université, à faire des études. Elles veulent s'éduquer malgré tout ce que l'on a fait, pendant un quart de siècle, pour les en empêcher.
Face à la manifestation de femmes voilées en France, la semaine dernière, que ressentez-vous ?
Sans rentrer dans des considérations de politique intérieure, je me contenterai de dire qu'il faut respecter les lois et les traditions du pays dans lequel on vit. Il est très facile de porter le voile dans un pays démocratique, mais je ne suis pas certaine que ces femmes sachent exactement quelles en sont les conséquences dans les pays où il est obligatoire. Le divorce islamique, qui permet aux hommes de répudier leurs femmes du jour au lendemain ; la question de la garde des enfants, automatiquement attribuée aux maris ; le témoignage en justice d'un homme, qui vaut celui de deux femmes ; l'accès aux études, aux postes, aux salaires égaux, la lapidation, la flagellation... je pense à tout cela quand je vois des femmes qui manifestent pour le port du voile.
Les pages les plus douloureuses et les plus tendres de votre livre sont consacrées à Leila, votre fille.
Dieu sait combien de fois par jour je pense à elle. Leila avait un coeur d'or, elle était intelligente et dotée d'un fort caractère, et elle aimait la vie. C'était la plus sociable de mes quatre enfants. Malheureusement, nous n'avons pas pu, ou pas su, être suffisamment à côté d'elle, pour la soutenir quand elle en avait besoin.
C'était aussi la plus fragile ?
Etant la plus jeune, elle est celle qui a le plus souffert des moments dramatiques que nous avons vécus au début de notre exil. L'un des événements les plus durs de ma vie a été de quitter New York avec mon mari, après son opération, en étant obligée de la laisser derrière moi. Sans même pouvoir lui dire au revoir et l'embrasser. Bien sûr, elle était avec ma mère, mais à 9 ans, elle s'est réveillée un matin et j'étais partie. A l'époque, je luttais pour sauver la vie de mon mari, atteint d'un cancer, qui me semblait le plus directement menacé. Le pire pour Leila a été de lire pendant des années des articles dans lesquels son père était décrit comme un tyran sanguinaire. Pour les autres, l'Iran était un problème politique abstrait. Pour elle, c'était une blessure intime.
De quoi est-elle morte ?
Elle ne s'est pas suicidée comme on l'a beaucoup dit. Leila est morte d'avoir pris des somnifères un soir où son angoisse a été trop forte. Une personne en bonne constitution s'en serait remise, mais son organisme était affaibli d'avoir tant lutté pour surmonter ses problèmes d'anorexie, de dépression, de fatigue. Ce qui me touche, c'est le souvenir lumineux qu'elle a laissé. Beaucoup d'Iraniens, en exil et à l'intérieur du pays, ont pleuré sa mort. On m'a dit que des bougies ont été allumées et des fleurs déposées devant les grilles de notre palais de Niavaran. Tous les jours, des Iraniens qui viennent en voyage en France demandent où elle est enterrée. Tous les jours, sa tombe est fleurie par des anonymes.
Quelques mois auparavant, vous aviez perdu votre mère ?
Dans le cas de ma mère, âgée de 60 ans, j'ai au moins eu la satisfaction d'avoir été près d'elle au moment de sa mort. Je sais qu'elle m'a reconnue. On ne se révolte pas contre la mort d'une personne de cet âge, même si on souffre. Dans le cas de Leila, je n'étais pas là, et elle avait 31 ans. Ca, c'était insupportable... J'ai tenu parce que je n'avais pas le choix. Je me devais d'être là pour mes autres enfants et mes petites-filles. Mon livre m'a aidée à surmonter l'épreuve. En 1990, j'avais signé un contrat, mais je n'avais jamais réussi à l'écrire. J'ai commencé quand Leila était déjà gravement malade. J'allais devenir folle. Dans les moments très douloureux, écrire est une manière d'extirper la souffrance du quotidien pour la mettre symboliquement ailleurs, loin de soi. L'écriture et le fait d'avoir ce livre pour objectif, c'est ce qui m'a permis de me réveiller le matin. C'était une thérapie et aussi un but sans lequel je n'aurais pas pu tenir.
Avez-vous eu recours aux médicaments ?
Les antidépresseurs aggravent mon état. A certains moments, j'ai dû en prendre mais je me suis sentie tellement plus mal que j'ai arrêté tout de suite. Pour être honnête, je dois dire que j'ai toujours une pilule sur moi lorsque je sors, au cas où... Elle est dans mon sac et me rassure car j'ai parfois des moments d'angoisse.
Au point d'avoir envie de tout laisser tomber ?
Cela m'est arrivé plusieurs fois et pas uniquement lors de la mort de Leila. Mais, tout au long de ma vie, le sentiment de ma dignité m'a sauvée. Dans les pires moments, je me disais : on peut tout perdre, chacun d'entre nous à son niveau, mais il faut essayer de conserver sa dignité et son courage. C'est la vraie lutte de la vie.
Même lorsqu'on perd son enfant ?
Depuis la mort de Leila, je ne m'attends plus au bonheur. Je sais qu'il me manquera toujours quelqu'un. Je me satisfais de petites joies. S'il fait beau un matin, je suis contente. C'est la même chose avec la nature, les fleurs, la musique. Surtout, je me dis que j'ai vécu jusqu'à maintenant, que j'ai passé des périodes très difficiles et qu'il ne me reste pas tellement d'années devant moi. Alors tant mieux. La date de ma mort se rapproche et j'y pense souvent sans inquiétude ni tristesse.
Vous vous dites vraiment ça ?
Je me le dis et, en tous cas, j'espère avoir passé le pire. Certains jours, il m'arrive d'être très fatiguée et déprimée. J'essaye alors de trouver des moyens comme le sport ou la méditation pour remonter la pente et reconquérir cette énergie qui me fait défaut.
Avoir moins peur de la mort parce qu'on a le sentiment d'avoir vécu pleinement, est-ce votre définition du sens de la vie ?
J'ai eu une vie bien remplie. Et, surtout, j'ai eu ces vingt années de règne qui m'ont permis de réaliser des projets concrets. En les évoquant, je pense au roi, mon mari, qui m'a donné cette position exceptionnelle grâce à laquelle j'ai pu vivre très préservée. Je ne pouvais être ni envieuse ni jalouse ou ambitieuse, j'avais tout. Même si la vie m'a rattrapée, je me suis toujours efforcée de revenir, dans mon esprit en tout cas, à cette période. Le bonheur que j'ai connu durant ces années auprès de lui me permet, aujourd'hui, d'avoir un peu de paix intérieure.
Vous arrive-t-il d'être lasse de ce destin exceptionnel qui dure depuis...
...Qui n'en finit pas, vous pouvez le dire ! Parfois j'ai l'impression d'avoir vécu deux cents ans ! Souvent, je pense à Jacques Brel qui a tout quitté pour vivre dans les îles et je me dis que j'aimerais faire la même chose. Mais cela m'est interdit, alors je continue. J'espère au moins que ma mort sera intéressante, elle aussi.
Qu'est-ce qu'une mort intéressante ?
Mourir en Iran, peut-être. Après vingt années d'anonymat, vingt années de règne en tant qu'impératrice et vingt-cinq années d'exil, ce serait ma quatrième vie.
Pensez-vous que le destin va vous faire ce cadeau ?
Souvent, on me demande comment j'aimerais que l'on se souvienne de moi ? En réfléchissant, je me dis que j'ai eu une vie beaucoup plus riche que n'importe qui. En bien et en mal. Alors, peu importe la manière dont cela se terminera. J'ai déjà eu mon cadeau du destin.
Plus que le destin, c'est votre époux qui vous a fait ce cadeau. C'est la raison pour laquelle vous n'avez jamais souhaité vous remarier ?
On ne peut pas aimer un autre homme, lorsqu'on a eu dans sa vie un mari comme le mien. Il est dans mon coeur, pour toujours. Plusieurs fois par jour, je pense à lui et à ma petite Leila. Je leur parle et ils m'aident.
PROPOS RECUEILLIS PAR VINCENT MEYLAN (Point de Vue n° 2897-semaine du 28/01 au 03/02/04)
Mémoires, Farah Pahlavi, éditions XO
* De Gaulle, mon père, par Philippe de Gaulle, entretiens avec Michel Tauriac, Plon.
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