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.faits de société.
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Iran : l'effervescence culturelle |
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Iran de sang et de larmes (article paru dans L'Express -20-09-02)
Il ne fait pas bon être écrivain au pays des mollahs. Nombre d'entre eux l'ont payé de leur vie ou de leur liberté. malgré la violence et la censure, ils s'entêtent. Et nous lIivrent de belles et poignantes pages.
"Depuis un siècle, mon peuple frappe au seuil de la modernité, mais les tyrans lui ferment la voie", écrivait le romancier iranien Faradj Sarkouhi dans une lettre adressée à l'Unesco en mars 1988. Et d'ajouter : "J'ai vécu mot à mot les frontières de la censure. Je sais que les réalités dont on parle ont pour conséquence l'emprisonnement, les accusations de toutes sortes, voire la mort.' plusieurs fois incarcéré et torturé, Sarkouhi résume parfaitement la situation des écrivains dans le pays qui lança sa fatwa contre Salman Rushdie : une profession de foi à haut risque, qui est la cible presque officielle ds mollahs depuis qu'elle a osé revendiquer la liberté d'expression, en octobre 1994, dans le fameux Manifeste des 134.
Malgré cela, le grand classique Omar Khayyam,
chantre de l'amour et du vin, longtemps proscrit,
vient d'être de nouveau autorisé
C'est dire que le sort des écrivains reste alarmant : les tendances les plus conservatrices du régime ne tolèrent toujours pas que poètes et romanciers se définissent d'abord comme des intellectuels, et non comme des hérauts de la religion musulmane. Ils se sont pourtant mis à espérer, il y a trois ans, après l'élection du réformateur Khatami. Et ils ont tenté de restaurer la fragile Association des écrivains, dont le siège avait été occupé par le Hezbollah en 1981. espoir sans lendemain, le 6 décembre 1998, deux romanciers - Mohammad Mokhtari et Mohammad Jafar Pouyandeh - furent assassinés par un escadron de la mort à la solde des intégristes. Inscrit lui aussi sur les listes noires, leur confrère Kazem Kardevani échappa miraculeusement aux tueurs. "Les Services secrets voulaient tous nous éliminer, déclara-t-il. Je suis contraint de prendre des précautions. Je ne marche plus seul dans la rue."
De ces crimes, certains journaux iraniens ont fait un scandale national, tandis que le président Khatami promettait de châtier les coupables et sue le ministre des Services secrets démissionnait après avoir reconnu, dans un aveu spectaculaire, que les assassinats relevaient de sa responsabilité. C'est onc dans le sang et la peur que la littérature essaie de survivre, entre Téhéran et Chiraz. Malgré cela, le grand classique Omar Khayyam (v.1047 -v.1122), chantre de l'amour et du vin, longtemps proscrit, vient d'être de nouveau autorisé et un séminaire entier sur ses poèmes "blasphématoires" s'est récemment tenu dans sa ville natale, Nichapur.
Ses pairs n'ont pas cette chance. Ceux qui n'ont pas choisi l'exil doivent s'exprimer à mots couverts, ruser, recourir à l'allégorie ou à la parabole. Et se contenter de tout petits tirages : au mieux, 10 000 exemplaires dans un pays qui compte plus de 68 millions d'habitants. "En chaque journaliste ou écrivain iranien. explique Farad Sarkouhi, cohabitent deux personnages différents. L'un qui écrit. L'autre qui biffe et transforme, par crainte, les phrases explicites en métaphores et en énoncés à double ses."
Poète réputé, ex-directeur d'une maison d'édition bâillonnée par le chah puis par les fondamentalistes, traducteur de René Char en persan, Firouz Nadji-Ghazvini s'est finalement réfugié en France en 1985, à 39 ans. ANPE, petits boulots, indifférence... Son roman, Neige sur Téhéran, est une peinture parfois célinienne de la capitale iranienne à l'époque de la guerre contre l'Irak, un effroyable déluge de feu et de missiles. dans cet enfer, certains, comme Ali, ouvrent les portes interdites des paradis artificiels. D'autre, comme Bahman, enterrent leurs frères, rêvent de s'enfuir à l'étranger et découvrent, derrière les coulisses de la révolution coranique, la sinistre réalité des persécutions religieuses. Les roses d'Ispahan ? Elles sont à tout jamais ensevelies sous le linceul de larmes qui servit d'étendard à un régime fanatisé. Contre ce régime, Nadji-Ghazvani dresse également un réquisitoire implacable. "Avec les récents changements politiques, il semblerait que le danger diminue, dit-il. Mais le risque est toujours là. Le pouvoir réel, ce n'est pas Khatami le modéré, mais les intégristes, l'armée, la censure, la télé. Ils vous laissent écrire des articles, et un jour vous êtes arrêté, condamné ou assassiné." Le verdict de Fariba Hachtoudi est tout aussi accablant. Cette militante antikhomeyniste, qui vit désormais à Paris où elle a fait des études d'archéologie, signe un roman accusateur au titre explicite : Iran, les rives du sang. Dédiée "aux milliers de résistantes torturées et exécutées", cette chronique quasi sociologique dénonce l'oppression infligée aux Iraniennes par les fous de Dieu. Et met en scène une jeune intellectuelle réfugiée en France : après la mort mystérieuse de sa mère, à Téhéran, elle suit à distance l'enquête de l'inspecteur chargé de dénouer l'affaire...
Si la trame policière manque parfois de nerf, le tableau politique, lui, est d'une précision clinique, sous la plume d'une rebelle qui s'inspire de Simone de Beauvoir pour fustiger la dictature du tchador et l'intolérance des "tyrans enturbannés". Autre nom à retenir, dans la longue liste des combattants de la liberté : Reza Baraheni, qui vit en exil à Toronto après avoir été assigné à résidence à Téhéran, où il fit deux ans de prison - en 1981 et 1982 - pour avoir protesté contre la censure. Publié en première mondiale par les éditions Pauvert, son roman, Les Saisons en enfer du jeune Ayyâz, a été frappé d'un double interdit par la police du chah, d'abord, puis par les gardiens de la révolution. Ils sort aujourd'hui du purgatoire, et l'on découvre un livre éblouissant, lyrique, sauvage, comme si Genet ou Gutotat récrivaient Les Mille et Une Nuits. Ouverture : dans la Perse médiévale du XI e siècle, le bel éphèbe Ayyâz découpe à la scie les membres d'un supplicié cloué à son gibet, sous les hurlements du peuple, "un choeur de chiens lugubres". une scène hallucinante de cruauté, qui prélude à la longue confession de Ayyâz, dont la croupe servira de trône au sultan Mahmoud Ghaznévide, le despote sodomite.
Les ténèbres d'un régime abreuvé de sang
ce sont leurs diaboliques amours que retrace cette fresque sadienne où de mêlent les parfums de l'encens et les puanteurs des cadavres, les sourates du Coran et les gémissements des condamnés. Ecrit dans "le minuit de l'Histoire", le roman de Baraheni explore les ténèbres d'un régime abreuvé de sang, dans un incroyable tohu-bohu d'orgies sexuelles et de fornication, de persécutions et de tortures. Impossible de ne pas voir, dans cette évocation cauchemardesque du passé, une allégorie du présent : c'est pourquoi les mollahs l'ont voué aux gémonies, obligeant leur meilleur romancier à s'exiler et à publier à l'étranger. Comme d'autres insoumis, qui affrontent le Goliath islamiste avec leur plume. Ils n'ont pas dit leur dernier mot.
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Vivre en Iran |
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L'actualité braquée sur l'Irak rejette dans l'ombre son voisin, l'Iran des mollahs. Dans un pays où un habitant sur deux a moins
de 25 ans, les évolutions sont inévitables, surtout à Téhéran, la capitale. circulation, urbanisme, vie quotidienne : l'économie
de la débrouille jaillit de toutes parts. Une débauche d'énergie qui ne doit pas occulter la face obscure d'un régime qui déteste
tout ce qui ressemble à du moderne. Comme la mode des jeunes femmes : jeans, talons, vestes cintrées...
La vie rejaillit dans la ville des mollahs
Une lente révolution est en cous. La rigueur islamique n'arrive plus à endiguer le flot battant de
la vie, surtout dans la capitale. La télé, les voitures, le portable, le jeune Iranien connaît.
Khomeiny ? C'est loin.
En plein centre de la capitale, un casernement a été rasé au profit d'un parc de verdure, où les
amoureux ont déjà leurs bancs publics et leurs habitudes. Deux garçons en vague uniforme vert
ramassent les feuilles mortes en jouant. "Des réfugiés afghans, indique l'ami iranien, ils sont
employés par la ville." Trois millions d'Afghans ont trouvé refuge en Iran. Assis sur un tas de
briques, un homme jeune fixe le vide : "Junky, drug." L'héroïne aussi sait comment passer les
frontières.
Au coin de la rue, l'ambassade américaine n'est plus qu'une coquille vide. Seul le mur d'enceinte
récite encore sa litanie de slogans contre le grand Satan. Les "Téhéranais" ne sont pas diserts sur
ces jours de folie qui ont mis à mal leur traditionnel sens de l'hospitalité. A deux pas de là, a été
installé le mémorial aux martyrs de la guerre contre l'Irak. Un million de morts : "A la fin, ils
envoyaient des enfants." En son coeur, l'Iran a réuni les douloureuses blessures de ces années-là.
Comme pour les inscrire dans l'histoire et mieux tourner la page.
Et soudain, le tumulte vous happe. Téhéran a inventé le mouvement perpétuel. Peugeot 206 dernier
cri de la réussite, Paikan omniprésentes, nationales et délabrées, japonaises débridées : les voitures
occupent le moindre espace de macadam. rien n'en arrête le fleuve. L'amie souriante qui vous sert de
chauffeur se fraie un chemin à l'intimidation : "Ces embouteillages permanents sont une véritable
plaie. Mais c'est bien pratique pour justifier un retard..." En iranien, embouteillage se dit "trrrafic".
Des essaims de motocyclettes, chargées comme des camionnettes, osent des slaloms de kamikases.
Quant aux piétons, ils passent d'un bord à l'autre en s'en remettant à des réflexes tauromachiques.
Le fleuve motorisé déborde sur les "express highway", ces autoroutes urbaines qui griffent les solides
épaulements des monts Elbourz. Les sourcils sévères de Khomeiny n'y peuvent rien : sur ces voies
rapides, les gigantesques publicités de Noka, Ericsson et les autre lui disputent les meilleures places
et font escorte à l'extension galopante des quartiers riches vers le nord. Là-haut, sur le piémont, le
béton a remplacé la forêt. Téhéran grimpe en ordre dispersé, en quête de fraîcheur, d'air respirable et
d'eau pure qui dévale des glaciers par mille canaux. Les entrepreneurs s'en donnent à coeur joie. Un
architecte regrette : "Cette ville en construction ressemble parfois à une ville en voie de
démolition."
Circulation, urbanisme, vie quotidienne : l'économie de la débrouille jaillit de toutes parts. une
débauche d'énergie qui ne doit pas occulter la face obscure du régime. Quatre exécutions publiques
la semaine dernière. Des dizaines de milliers de femmes condamnées chaque année à avorter dans
la clandestinité. Un professeur d'université qui attend d'être exécuté pour avoir revendiqué le droit à
un "protestantisme de l'islam".
"Qui tient l'autre par la barbichette ?"
Les mollahs abhorrent tout ce qui redescend des quartiers nord et contamine à grande vitesse le
pays. D'abord, la mode des jeunes femmes : jeans, talons, vestes cintrées... Certaines ne concèdent
plus aux garants de la morale qu'un élégant foulard sur la tête. ensuite, la technologie occidentale :
ordinateurs et Internet renvoient la censure postale au Moyen(Age ; l'électroménager à gogo jalonne
la voie du matérialisme. Sans parler des téléphones portables. Le "Kodja-i?", répondant iranien de
notre "méouétu ?", résonne jusqu'aux portes des mosquées. Et puis il y a les paraboles infernales.
Les antennes satellitaires sont interdites. Mais elles éclosent par dizaines de milliers sur les terrasses
et balcons. "Rien qu'à Téhéran, il existe une centaine de techniciens qui les installent sur un
simple coup de fil, sourit un accro des films occidentaux. Les antennes arrivent par bateau par le
golfe Persique. L'Iran possède des milliers de kilomètres de frontières. C'est une véritable
passoire." La police ne peut ignorer la génération spontanée des corolles, "mais si tu as de
l'argent, tu n'as pas de problèmes". De guerre lasse, le pouvoir vient d'ailleurs d'assouplir la
réglementation.
A Téhéran, les mollahs eux-mêmes se font discrets. Un étudiant en théologie a surpris un de ses
maîtres dans la rue, en civil : le meilleur moyen d'éviter les insultes. d'autres religieux, au volant,
posent sur le siège le turban qui attire trop sûrement les coups de pare-chocs vengeurs. les héritiers
de Khomeiny vivent sur un volcan. Ils le savent. Leur pouvoir est entre les mains des bassidji, la
police des moeurs, et des pasdarans, les gardiens vieillissants de la révolution. Bien heureux que les
révoltes étudiantes sporadiques n'entraînent pas de réactions en chaîne. La population, lasse du
sang et des souffrances, ne suit pas. Mais une étincelle de répression peut provoquer une explosion
en retour. Qui tient l'autre par la barbichette ?
Les Téhéranais ont l'habitude de compter en deux monnaies, le rial et le toman ; de lire l'alphabet
arabe comme l'alphabet latin ; de vivre à la fois en 1381 et en 2003. Ils sont devenus les rois de la
dualité et de l'arrangement. Elargir leurs libertés tout en observant une soumission de bon aloi est
presque un jeu. L'oeil pétillant, ils vous invitent volontiers à partager une boisson à base de plantes,
imitée des Américains : le "Zam-zam-cola". Zam-zam, c'est aussi le nom des fontaines d'eau sacrée
de La Mecque. Tous les paradoxes de cette ville contenus dans une bouteille.
Guy OUDARD
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Filmer chez les mollahs |
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Malgré des conditions souvent difficiles, les cinéastes iraniens ne cessent de tourner et de glaner des
récompenses. Etat des lieux.
féroce envers une société qu'il éreinte, le cinéma iranien triomphe sur la scène internationale depuis 1987, date du premier
succès d'Abbas Kiarostami. En France, où 44 films en provenance de Téhéran - un chiffre record - ont été distribués en
quinze ans, le fond de l'air est lui aussi persan. Sur les écrans : Un temps pour l'ivresse des chevaux, de Bahman Ghodabi. Au
Kurdistan, entre l'Irak et l'Iran, cinq orphelins s'arrachent la peau pour sauver leur frère atteint de nanisme. Mais aussi Le
Tableau noir, de Samira Makhmalbaf, prix du jury à cannes, vendu dans 20 pays, qui relate la longue marche vers l'Irak de
trois générations de réfugiés. enfin, le festival d'automne célèbre les oeuvres d'Amir Naderi ou de Nasser Taghval, dont La
Tranquillité en présence des autres, un film maudit, interdit par le régime parce qu'il visait l'armée. "Nous avons choisi des
réalisateurs des années 60 pour montrer la continuité du cinéma iranien avant et après la révolution", précise Thierry Jousse,
qui a opéré la sélection.
De 1930 à 1979, en effet, l'Iran a produit en moyenne 50 films par an. Il finance aujourd'hui'hui 65 oeuvres annuelles de
propagande, comédies, longs-métrages d'art et essai. Le pays se fonde sur une tradition, celle d'un cinéma de lettrés riche en
métaphores et en mises en abyme. Mais la révolution a changé la donne, et les réalisateurs masquent leurs critiques su
système en prenant pour héros des enfants et en maniant plus que jamais le symbole. Car la censure veille. "Téhéran nous a
proposé des versions tronquées des films d'Amir Naderi : d'une durée de une heure quarante-cinq, l'un d'eux avait été réduit
à une heure treize", explique par exemple Thierry Jousse. Et le code de censure - un code oral - fluctue au gré des
orientations islamiques. "Depuis l'élection du président Khatami, c'est un vrai Yo-Yo, déclare Mamad Haghighat, auteur, avec
Frédéric Sabouraud, d'une Histoire du Cinéma iranien (Cinéma du réel). certains membres du gouvernement, qui savent bien
que le cinéma constitue le seul ambassadeur du pays à l'étranger, souhaiteraient l'assouplir, mais ils se heurtent aux
conservateurs. En Iran, les cinéastes se tiennent donc au bord de la ligne rouge et tentent sans cesse de la franchir."
A l'image de Jafar Panahi, qui, avec Le Cercle, vient d'obtenir le lion d'or à la Mostra de Venise. Ce très beau film dénonce
l'oppression des femmes - interdiction d'avorter, mais aussi de dormir à l'hôtel ou de prendre le bus sans le consentement
d'un homme. Jugé "inopportun" par Téhéran, Le Cercle a pu être visionné sur cassette par le comité de sélection vénitien.
Une semaine avant la Mostra, l'Iran bloquait encore. "Mais la vraie censure aujourd'hui, estiment en choeur les réalisateurs
Bahman Ghodabi et Samira Makhmalbaf, est d'ordre économique." Bahman Ghodabi, kurde iranien, a terminé son film
endetté de 80 000 dollars. "Pour moi, ma mère a vendu son frigo et sa télévision", dit-il. La caméra d'or qu'il a glanée au
dernier Festival ce Cannes a apuré ses comptes.
L'espoir de lendemains qui chantent
Samira Makhmalbaf, fille de Mohsen Makhmalbaf (Un instant d'innocence), a en revanche vu son film financé dès le départ
par des Japonais. "On me connaît depuis La Pomme (récit de l'enfermement de deux fillettes par leur père et succès
international), lâche-t-elle. Mais les autres ?"
Samira Makhmalbaf a tourné Le Tableau noir caméra à l'épaule, dans un Kurdistan meurtri par les embuscades et les mines
antipersonnel. Elle a 20 ans. Et l'essor de lendemains qui chantent. A la sortie de La Pomme, elle expliquait. "L'Iran est un
pays où les gamines de 10 ans sont séquestrées et où les filles de 18 peuvent faire leur film." Désormais, elle assure : " Le
président Khatami n'a pas été élu sur un claquement de doigts. 60 % de la population a mon âge et réclame plus de liberté. La
démocratie se met en place, avec ses hauts et ses bas." Mais, pour le recul des intégrismes, la palme revient au cinéma.
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Politiques ou charnels, les vieux tabous ont la vie dure |
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Il serait absurde de chanter victoire. mais tout aussi vain de nier l'assouplissement des procédures. Figures de proue d'un
cinéma inventif et vivace, Abbas Kiarostami ou Mohsen Makhmalbaf peuvent espérer que les lauriers glanés de cannes à
Venise et de Locarno à Berlin leur vaudront mieux que l'aigre suspicion de mollahs obtus. De même on décèle au pas des
lettres quelques indices prometteurs. Bien sûr, Farad Sarkuhi, directeur de la revue Adineh, purge au terme d'un étrange
procès une année de prison, après avoir croupi huit ans dans les cachots du chah. "mais le climat s'est assaini, nuance
Mourad Saghafi, le très fin directeur de Goftogou (Dialogue). On ne nous traite plus en terroristes intellectuels."
Ecrivain prolifique et marxisant, Ali Ashraf Darvishian a vu les censeurs réviser à la baisse leurs appétits. hier, on le sommait
de supprimer 33 chapitres de la somme qu'il a consacrée aux Contes des peuples d'Iran et d'en modifier 30. Chiffres ramenés
respectivement à quatre et huit, sans pour autant que ce laïque impénitent ne transige. Il y a plus éloquent, cinq des huit
ouvrages prohibés du poète et essayiste Mohammad Mokhtari viennent de recevoir l'imprimatur attendu. en revanche, son
anthologie de la poésie amoureuse contemporaine jaunit à l'index. "Ca coince sur 46 passages, confie ce rebelle, signataire
voilà trois ans du Manifeste des 134, appel au respect de la liberté d'expression. Tant que l'évocation du sein que tête le
nouveau-né passe pour de la pornographie.."
Politiques ou charnels, les vieux tabous ont la vie dure. Le cactus censé donner un peu de piquant au décor d'un spectacle de
marionnettes tourmente les pourfendeurs du mal tant il rappelle la flore des déserts américains. En musique, les rythmes
"dansants" agacent et le saxophone indispose. Lui reproche-t-on sa sonorité suave ou la passion que lui voue Bill Clinton ?
Mystère. "A l'écriture, on en rajoute un peu, confesse un compositeur. Histoire de sauver l'essentiel."
Inflexible quant au respect de la religion et des codes vestimentaires, la république islamique proscrit à l'écran ou sur scène
tout contact physique entre hommes et femmes. Au risque du ridicule. Le soldat de retour du front s'abstient d'étreindre sa
vieille mère; et l'adolescente s'endort coiffée d'un hidjab... "Mais la levée brutale de tels veto serait prématurée, avance un
dramaturge. Même s'ils me gênent, je sais où je vis. Ni à Paris ni à Stockholm. Et nous avons tous appris au fil des ans l'art
de contourner les interdits et de suggérer l'inmontrable. C'est dans cet Iran-là qu'a éclos Kiarostami." Dans cet Iran où
triomphe le flou... artistique. tel film dûment autorisé disparaît soudain de l'affiche. mais un cinéaste glisse impunément dans
son scénario une audace - un chant féminin - d'ordinaire fatale, tandis qu'un autre ose une parodie de film guerrier, genre
sacro-saint. pourquoi Davud Mirbagheli peut-il, dans Le Bonhomme de neige, mettre en scène un balourd prêt à tout pour
arracher un visa américain, y compris à se travestir en femme ? Sans doute lui sut-on gré d'avoir fait en sorte que son
anti-héros finisse par renoncer au funeste projet. a moins que ses états de service - une fameuse série télévisée exaltant la
geste de l'imam Ali, cousin vénéré du Prophète - ne valent indulgence plénière.
Si le cinéma, le théâtre et la presse ont hérité de nouveaux tuteurs, les directeurs de la musique et de la peinture ont survécu
au séisme électoral. Comme la justice ou l'appareil policier, quelques planètes de la galaxie culturelle échappent au pouvoir
d'attraction du président. a commencer par la radiotélévision, fief des féaux du Guide Ali Khamenei. "Le moment st venu d'en
finir avec l'arbitraire! tonne un vieux comédien. Khatami prône le respect de l'Etat de droit et de la constitution. Tant mieux. Il
faut que la loi fasse enfin la loi."
Mieux que quiconque, les créateurs savent combien le chemin de l'ouverture est semé d'embûches. "Jamais je ne me
pardonnerais le moindre acte nuisible au fragile processus en cours, convient Noushaben Amiri, qui anime au côté de son mari
la revue de cinéma Gozareshe Film. En moi, la journaliste rêve de liberté, mais l'Iranienne se veut responsable. La meilleure
façon d'épauler Khatami, c'est d'apprendre et de prêcher la patience." "Nous sommes condamnés à l'optimisme, renchérit le
dramaturge Ghotbedin Sadeghi. La réalité l'emporte toujours sur les slogans. renoncer à l'espoir, c'est laisser le champ libre
aux autres." Or "les autres", partisans d'un Iran claquemuré dans sa rhétorique révolutionnaire, ne désarment pas. On a vu
leurs nervis saccager, le 16 août dernier, moins de deux semaines après l'intronisation du nouveau président, les locaux de la
revue Iran-e-farda (L'Iran demain). Et ils ont encore lâché la troupe voilà un mois, après que l'ayatollah Ali Montazeri,
éminent religieux chiite et dauphin déchu de Khomeini, eut contesté le dogme du velayat-e(faghih, fondement de la primauté
du Guide.
La scène téhéranaise offre d'autres tragédies qu' Antigone. Le 8e sommet de l'Organisation de la conférence islamique (OCI)
n'aura pas seulement, du 9 au 11 décembre, consacré l'échec de la stratégie d'isolement de l'Iran, chère à Washington. Il a
aussi révélé l'âpreté du combat qui oppose les dirigeants du pays hôte. On entendit ainsi, dès le lever de rideau, le Guide
ressasser la vieille tirade de l'Ouest matérialiste, avide et débauché. avant que Khatami, l'élu du peuple, ne fasse l'éloge d'une
société civile respectueuse du droit des minorités, prête à s'inspirer des legs les plus sains de l'Occident. ce soir-là, le duo
d'acteurs ferraillait devant un parterre choisi de dignitaires musulmans. Mais la pièce ne quittera pas de sitôt l'affiche : elle se
joue tous les jours sous les yeux de 60 millions d'Iraniens.
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Les éclaircies de Téhéran (par Vincent Hugeux) |
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(source : L'Express - 20-09-02)
Ancien ministre de la Culture, le Président élu Mohammed Khatami veut
émanciper le cinéma, le théâtre et les lettres. reste à vaincre, là comme
ailleurs, les résistances des "archéos" du régime.
Le noir intense des tchadors rehausse l'éclat juvénile des visages féminins,
tout de blanc fardés. Mieux vaut pourtant ne pas se fier à ces allures
d'héroïnes lunaires et endeuillées. Car les fous rires qui, à l'heure du
maquillage, égaient les sombres sous-sols du théâtre de la Ville de Téhéran
dénotent une allégresse et une fraîcheur inaltérables. Même si ce mardi de
décembre la troupe amateur -huit filles et quatre garçons, entre 19 et 25
ans- joue Antigone, de Sophocle. Sa première pièce. "Faute de subvention, il
n'y a sur scène ni décor ni musique", concède avec enjouement Leyli, fille de
l'acteur Davoud Rashidi. "Vous aimez Juliette Binoche ? lance en écho une
voix jaillie d'un masque strié d'or digne du carnaval de Venise. Moi, je
l'adore. Autant que Luc Besson et Quentin Tarantino." A l'entendre, on
oublierait que les censeurs barbus de l'"orientation islamique" (Ershad) ont
suivi d'un oeil soupçonneux l'ultime répétition. Un détail alors les
chiffonna : pourquoi diable Créon s'aventure-t-il un instant parmi les
spectateurs ? Verdict : " Il faut supprimer ça. Le public va penser au
Guide." Reste à savoir en quoi la brève incursion dans le public du roi de
Thèbes évoque le très passéiste Ali Khamenei, successeur de l'imam
Khomeini... "Tant pis, s'amuse l'Antigone de la bande. Ce soir, on le fait
quand même." Le vent d'Iran tournerait-il ?
Triomphalement élu à la présidence le 23 mai dernier, Mohammed Khatami,
religieux chiite modéré, s'efforce, non sans mal, d'asseoir son pouvoir.
notamment sur le front des arts et des lettres. Nul ici n'a oublié que
l'affable seyyed -il arbore, comme Khameini, le turban noir des descendants
du Prophète- dirigea onze années durant le ministère de la Culture, avant
d'en être évincé, en 1992, pour indulgence coupable envers la tribu des
créateurs. Sa disgrâce et ses audaces -même timides- lui vaudront d'ailleurs
une cote d'amour inoxydable. Auteur, metteur en scène et professeur d'art
dramatique, Ghotbedin Sadeghi se souvient encore du discret étudiant-ministre
venu un jour entendre le cours consacré à Hamlet. Devenu président, Khatami
n'a rein perdu de ce goût de l'impromptu. On l'a ainsi vu s'inviter fin
novembre à la soirée de la Maison du cinéma, espace fondé jadis à son
initiative. "Divine surprise ! s'exclame une décoratrice. Il a prié ses
gardes du corps de desserrer leur étreinte, s'est baladé parmi nous, puis a
accepté de monter à la tribune pour improviser un bref discours." Le credo de
l'orateur inattendu ? "partout dans le monde, ce sont les artistes qui
montrent la voie du changement." Lui-même paie de sa personne. Le 14
décembre, "l'Ange" -ainsi le surnomme la rue- a promis d'instaurer un
dialogue avec "le grand peuple américain", auquel il adressera sous peu un
message télévisé.
"Une atmosphère de paix..."
Aux postes clefs, l'élu a su imposer quelques fidèles. A commencer par le
nouveau titulaire de la Culture, Ataollah Mohajerani, bête noire des
conservateurs. Certes, cet ancien vice-président dut, pour arracher l'aval du
Majlis (parlement), renier un ancien plaidoyer en faveur du dialogue
irano-américain ou invoquer les "40 nuits sans sommeil" que lui coûta la
rédaction d'un réquisitoire contre Salman Rushdie. mais il promet depuis lors
aux artistes "une atmosphère de paix, de tranquillité et de liberté". Est-ce
un signe ? Le 9 décembre, le nouveau ministre assistait salle Ferdoussi à
l'hommage rendu, un an après sa mort, au cinéaste Ali Hatami. Donc à la
projection exceptionnelle du film Hadji Washington, frappé d'interdit. La
direction du 7è art échoit de même à un allié. Auteur de divers
longs-métrages sur la guerre Irak-Iran et d'un brûlot anti-israélien,
Sefollah Dad a aussi tourné, lors de la campagne présidentielle, trois
documentaires à la gloire du candidat Khatami.
Suffit-il de placer çà et là des compagnons loyaux pour entrouvrir le champ
culturel ? A l'évidence, non. "L"orchestre est bon, mais la partition
épineuse", souligne le cinéaste Massoud Kimiyaï. de fait, condamnés à se
hâter lentement, Khatami et les siens n'ont pas droit au faux pas. A trop
tarder, ils risquent de trahir la confiance de leur électorat. Mais qu'ils
brusquent le mouvement, et le clan des vaincus du suffrage, puissant et
revanchard, les accusera de bafouer le "glorieux héritage" de la révolution
islamique. "Sur cette route-là, Khatami n'est pas seul, note le philosophe
contestataire Abdelkrim Sorouch. Et bien des chauffards roulent à contresens.
Il lui faut parfois ralentir, voire s'arrêter sur le bas-côté. Pour éviter le
crash." Cible de maintes agressions, le penseur parle d'or : même si sa
réflexion nourrit le discours présidentiel, Soroush reste de facto interdit
d'enseignement. au point que, le 15 novembre, les auditeurs de l'université
Amir-Kabir eurent droit à une causerie par téléphone : rudoyé à son arrivée,
le conférencier avait dû rebrousser chemin."
Avant de s'effacer, les sortants ont pris soin de miner le champ de
manoeuvre. Ils ont ainsi bradé les autorisations de tournage, de préférence
au profit de tâcherons orthodoxes. "Près de 120 permis délivrés en deux mois,
soupire un réalisateur banni. De quoi mobiliser pour deux années les prêts
bancaires et les équipements disponibles." Cruel paradoxe désormais dispensé
de soumettre son scénario à la censure tatillonne d'Ershad, le cinéaste doit
quémander des fonds, de ministères en fondations. A moins qu'un producteur
téméraire ne consente à lui avancer le budget requis sans la moindre
garantie d'obtention du visa d'exploitation en salles. Un casse-tête analogue
guette, il est vrai, l'écrivain en quête d'éditeur. "Place au règne de
l'autocensure", bougonne un acteur chevronné. Pour lever l(hypothèque
financière, Massoud Kimiyaï puise, quant à lui, dans son épargne et celle
d'une poignée d'amis. Attrayante, la formule demeure hors de portée du
metteur en scène, privé de tournage -donc de recettes- depuis sept ou dix
ans.
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L'éducation sexuelle entre à l'école |
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(par Siavosh Ghazi dans L'Express du 20-09-02)
Malgré les interdits, les jeunes sont de plus en plus nombreux à avoir des
relations sexuelles avant le mariage. Les autorités en ont pris acte.
Comment parler des sexe sans en avoir l'air ? A partir de cette rentrée, les
3 millions de collégiens et de collégiennes d'Iran pourront suivre une
matière baptisée "adolescence et puberté". En clair, des cours d'éducation
sexuelle. Ils seront facultatifs, mais devront être proposés dans tous les
collèges du pays. On y parlera des relations sexuelles et de la
contraception.
Depuis la révolution islamique de 1979, toute relation entre les deux sexes
en dehors des liens sacrés du mariage est en principe interdite. "La santé à
la puberté est un sujet important pour les jeunes, et surtout pour les jeunes
filles. Toute question relative à nos jeunes a un caractère national et, (..)
si rien n'est fait, ça se transformera en une crise", explique Rahim Ebadi,
vice-ministre de l'Education, pour justifier la décision prise. Il faut dire
que les mentalités évoluent.
"On n'arrive plus à contrôler nos étudiantes.
Elles ont toutes des petits copains"
Les jeunes ne cachent plus qu'ils ou elles ont une petite amie ou un petit
ami. Et plus seulement dans les classes aisées ou moyennes des grandes
villes. Il y a une semaine, le quotidien réformateur Noruz publiait une
lettre d'une directrice d'école selon laquelle, dans son établissement, 90 %
des filles affirmaient avec fierté avoir un petit copain. "On n'arrive plus à
contrôler nos étudiantes. Elles ont toutes des petits copains", avouait
récemment, pour sa part, le responsable de la sécurité d'une faculté d'une
modeste ville de province.
Parallèlement, la prostitution s'est largement développée ces dernières
années. Il y a un mois, la police arrêtait 500 prostituées dans la seule
ville de Machhad, pourtant l'un des hauts lieux de l'islam chiite. Il y
aurait, dans la république islamique d'Iran, plus de 20 000
péripatéticiennes. Résultat : le nombre de séropositifs explose.
Officiellement, ils ne seraient que 2 000 dans tout le pays. Mais, d'après la
radio d'Etat -contrôlée par les conservateurs- il faudrait multiplier ce
chiffre au moins par 10. Une évolution inquiétante qui explique que les
responsables du ministère de l'Education se soient décidés à ne plus fermer
les yeux.
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Iran, un conservatisme moderne |
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(source : L'Express 20-09 02)
Sous la bannière du Centre d'études et de recherches internationales (Ceri),
Fariba Adelkhah décrypte les élans de la société iranienne. Elle décrit ici
les avatars du permis et de l'interdit.
Le comportement des couples change-t-il ?
On n'attend pas les fiançailles pour se tenir par la main ou par l'épaule en
public. Ni parfois le mariage pour avoir des relations sexuelles. Le garçon
qui chuchote des confidences à l'oreille de sa voisine ne craint plus les
foudres de la police. (....) le ministre de la Justice a publié un décret
proscrivant les arrestations, sauf en cas d'attitude indécente. Formule
floue, donc propice à l'arbitraire. On n'est jamais à l'abri du zèle des
bassiji. Mais au moins ces "volontaires" ne peuvent-ils plus invoquer une
caution officielle. Il en va de même^pour les antennes satellitaires,
interdites en théorie. A l'exception de deux tours huppées du nord de
Téhéran, cibles connues, il n'y a plus guère de rafles. Quant au nouvel
assaut lancé voilé peu contre les paraboles, il arrange les parents,
soucieux, en ces temps d'examens, de soustraire leurs enfants aux attraits
des chaînes étrangères...
Alliance de circonstance ?
Oui. Car la famille supporte de moins en moins les intrusions qu'il s'agisse
de vêtements ou de maquillage. Er exige le respect de la sphère privée.
"Entre mes quatre murs, dit-on en persan, je suis seul maître." Dans chaque
foyer de bassiji ou de pasdaran -gardiens de la révolution- on trouve un
jeune branché, adepte de la coupe à la Leonardo DiCaprio. Affichant le cas
échéant de solides convictions religieuses. On peut se flageller jusqu'au
sang lors de la fête chiite de l'Achoura, puis écouter le lendemain les tubes
de Mickael Jackson. L'habit ne fait pas le moine.
Y compris chez les mollahs ?
La gauche ne détient pas le monopole de la réforme. Il existe en Iran un
conservatisme moderne. la droite a d'ailleurs soutenu les cybercafés menacés
de fermeture, par hostilité au monopole des PTT. Bien sûr, l'usage d'Internet
demeure très coûteux, donc réservé à une élite. Mais même dans une petite
ville provinciale vous trouvez un espace équipé, ouvert aux usagers. D'autant
que les liens avec la diaspora ne cessent de se renforcer. une association
caritative internationale, fondée par un universitaire iranien établi à
Londres a entrepris de fournirdix ordinateurs à chaque écolede la République
islamique. Une cinquantaine de lycées ont déjà été pourvus. De telles
démarches ne sont pas exemptes de chauvinisme. La jeunesse elle-même
s'identifie désormais à des héros iraniens. Idole des filles, le chanteur
Shahmehr Aghili a autant de succès ici que chez les cousins de Los Angeles.
Peut-on allier patriotisme et ouverture ?
La société demeure au fond très conservatrice. On voit renaître des pratiques
en vigueur sous le Chah, voire avant l'ère impériale. Les mariages fêtés sept
jours et sept nuits, l'enterrement de la vie de garçon, l'usage du henné chez
les femmes... On n'en est plus, comme au début de la révolution, à offrir
aux époux un Coran et une rose. De même, la chirurgie de l'hymen fait la
fortune des gynécologues : quel que soit son passé, la fille se marie
"vierge".
Où en est la tradition du sigheh, mariage temporaire censé apaiser les
frustrations ?
Les femmes y sont hostiles. Car celle qui souscrit un tel contrat,
socialement mal vu, renonce à toute union normale. Les hommes sont pour,
puisque cette pratique fournit une couverture à l'adultère. Mais chez leurs
compagnes, le sigheh, jamais choisi, toujours subi, est une insulte. Sauf
parmi les veuves, qui n'ont guère le choix.
Divorce, justice : le droit, inspiré de la loi coranique, peut-il évoluer ?
Il est moins aisé de faire bouger les normes coutumières, non écrites, que
les lois adossées à u verset coranique. car on peut désormais discuter
l'interprétation des prescriptions islamiques. Ainsi, il n'y a pas consensus
sur l'exclusion des femmes de la magistrature. Le fait qu'une fonctionnaire
perçoive la moitié des tickets de rationnement fournis au collègue masculin
n'a rien à voir avec l'islam. Le véritable obstacle, c'est le conservatisme.
Que traduit la vitalité du tissu associatif ?
C'est là encore aux femmes, notamment à celles qu'un décès ou un divorce
condamne au statut de chef de famille, qu'il doit son essor. Santé, école,
troisième âge, pèlerinages, tourisme, coopératives, la démocratie par le bas
supplée l'Etat quand celui-ci faillit à sa tâche. Au sein d'un ministère,
d'un quartier, d'une famille surgissent des caisses de prêts sans intérêts.
Tout le monde cotise, et un tirage au sort mensuel désigne le bénéficiaire.
Quant au secteur informel, i revêt une importance vitale. La moitié du
chiffre d'affaires e l'import-export échappe à l'Etat.
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