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Calligraphie de Hassan Massoudy

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Calligraphie de Hassan Massoudy



Ebadi inquiète, indépendamment des menaces et des majorités

Les menaces se multiplient contre elle, pourtant le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi assure ne pas être plus inquiète pour les causes qu'elle défend aujourd'hui que les conservateurs ont repris tous les pouvoirs en Iran.
"Hier soir à minuit, un homme s'est présenté chez moi en prétendant vouloir parler d'un dossier, et puis il est reparti. Ces dix derniers jours, ma porte a été fracturée à deux reprises", rapporte l'avocate dans un entretien avec l'AFP.
"Je reçois beaucoup d'appels et de lettres d'intimidation, les menaces se sont faites plus nombreuses récemment. Bizarrement, ma porte a été forcée alors même que, selon la police, mon immeuble était sous sa protection", feint-elle de s'étonner dans le bureau du centre de Téhéran au-dessus duquel elle vit.
Elle se dit menacée parce qu'elle "conteste les lignes rouges" qui délimitent les droits de la personne en Iran.
Pour certains, elle les a franchies trop souvent ces derniers mois, depuis que le Nobel décerné en décembre 2003 lui "a ouvert plus de tribunes pour faire entendre (sa) voix aux opinions publiques internationales". Elle est "devenue naturellement l'interlocutrice de tous ceux qui veulent parler des droits de l'Homme en Iran et ailleurs".
Seulement, tout le monde en Iran n'accepte pas que le Nobel, décrié à l'époque comme le prix du "complot américano-sioniste", amplifie l'écho déjà vaste de l'affaire Zahra Kazemi, une photojournaliste irano-canadienne tuée en détention et dont elle a accepté de défendre les proches.
Le non-lieu rendu dans ce procès est "l'exemple même de l'intervention du politique dans le judiciaire" pour l'une des premières Iraniennes jamais nommées magistrates en Iran (c'était avant que la Révolution ne la déchoie de son droit de juger).
On apprécie d'autant moins d'entendre "Sharon Ebadi", une femme, menacer de saisir les juridictions internationales afin d'obtenir justice pour Kazemi.
Elle a heurté les sensibilités en réclamant, dès son retour en Iran après le Nobel, la libération des "prisonniers politiques" et un référendum sur l'avenir du pays, en se rendant aux Etats-Unis ou en se montrant à l'étranger tête découverte.
Cette toute petite femme affiche pourtant une retenue, voire une prudence qui en ont déçu plus d'un qui avaient placé leurs espoirs en elle. Interrogée sur sa faculté de s'exprimer librement en Iran, elle répond: "Je suis limitée par les lois, mais je conteste ces lois dans le cadre de la loi".
De l'étranger, elle a dénoncé avec virulence la censure des candidatures réformatrices aux législatives de février, qui ont rendu quasiment tous les pouvoirs aux conservateurs. Elle n'a pas hésité à qualifier d'"insulte" faite aux démocrates de son pays l'inaction de la Commission des droits de l'Homme de l'Onu sur l'Iran.
Pourtant, "je ne peux pas dire que je suis plus inquiète qu'avant", assure-t-elle, car elle est par principe "toujours inquiète pour les droits de l'Homme".
"Jusqu'alors le parlement n'a pas fait grand-chose et il est difficile de porter un jugement. Il a pris quelques décisions que je réprouve, en votant par exemple contre l'égalité des sexes".
Si le régime ne lui a pas permis de participer au dialogue entre l'Union européenne et l'Iran sur les droits de l'Homme, "alors que, partout dans le monde, on m'invite pour en parler", cela n'est pas une nouveauté.
Elle concède cependant que sa tâche risque de se compliquer si un conservateur succède en 2005 à la présidence au réformateur Mohammad Khatami, aussi isolé que ce dernier soit aujourd'hui: "Si un président ne croit pas aux droits de l'Homme, il est encore plus difficile de défendre ces droits, même si en ce moment mon travail n'est pas toujours facile".
Quant à son propre engagement politique, "j'ai dit à Paris après l'attribution du Nobel que je ne voulais pas entrer en politique. Je n'ai pas changé d'avis".
(source : AFP)


Quand la télévision iranienne apprend la mode à ses spectateurs

TEHERAN - "La mode ne heurte pas la tradition, elle n'est pas du tout une mauvaise chose, c'est même une nécessité de la vie", dit le mollah. Il est de ceux qui parlent le plus favorablement de la mode à la télévision iranienne.Car quand la télévision d'Etat entreprend de répondre à la question "Qu'est-ce que la mode ?", titre d'un programme de trois minutes diffusé depuis le début de la semaine dans les journaux d'information aux heures de grande écoute, elle ne s'extasie pas devant la nouvelle collection automne-hiver de Chanel ni ne promeut le sportswear auquel une partie de la jeunesse iranienne, comme les autres, a succombé.Il s'agit au contraire de jeter aux orties ces tenues dont les branchés et même les moins branchés s'affublent pour les avoir vues portées sur les chaînes satellitaires dont se repaissent les Iraniens bien que leur réception soit interdite.Un jeune au tee-shirt ajusté, un trait de barbe de la lèvre au menton, est désigné à la vindicte. Son image passe et repasse sans autre commentaire après qu'il a dit: "On met ça parce que c'est ce que tout le monde porte aujourd'hui"."Où est-ce que tu t'habilles"? demande la journaliste en tchador à un autre adolescent apprêté.- Sur le satellite.- Pourquoi pas à l'iranienne ?- Parce que c'est bon pour les vieux et que j'étoufferai dans mon col, répond-il en référence au haut de chemise Mao que les Iraniens plus conservateurs portent boutonnés jusqu'en haut.Au moment où une grande offensive est en cours pour faire respecter (surtout aux femmes) le code vestimentaire islamique, ces deux garçons sont des dévoyés.Des centaines d'Iraniennes ont été arrêtés ces derniers mois parce qu'elles portaient mal le foulard ou le manteau qui doit cacher leurs formes et leurs cheveux au regard des hommes.Celles qui transgressent le code vestimentaire s'exposent à des peines de prison de dix jours à deux mois ou à des amendes entre 50.000 et 500.000 rials (5,7 à 57 USD).La loi a été appliquée avec souplesse par les réformateurs. Mais les conservateurs viennent de reprendre tous les pouvoirs. Et la police a annoncé qu'elle n'épargnerait pas les femmes qui se prennent pour des "top models"."La mode, c'est l'un des moyens utilisés pour occidentaliser notre jeunesse, en profitant de son manque de confiance", dit une femme au volant dans "Qu'est-ce que la mode"."La mode, mal observée, est cause de décadence, elle ne mène nulle part", renchérit une jeune femme, encore plus respectueuse du port du foulard que tant de jeunes filles portent loin sur la nuque et qui, sur elle, ne laisse pas voir un cheveu."La mode qui est néfaste, c'est celle que copient les gens qui négligent leurs propres racines", dit un homme d'âge mûr.Un psychologue, interrogé entre les images de femmes mal voilées dans les parcs, de vitrines remplies d'étoffes colorées, de vêtements de marque étrangère, et même de défilés très convenables, souligne "la forte nécessité pour la jeunesse d'attirer l'attention". "Tant que la mode ne va pas à l'encontre de la culture, elle participe au développement économique et couvre les besoins des jeunes"."S'il s'agit de rester au goût du jour, la mode est une très bonne chose", abonde un religieux, "mais quiconque délaisse la mode qui lui est propre pour celle des autres fait preuve d'étroitesse d'esprit".Mais quelle est-elle cette mode propre à l'Iran ? "Suivez notre prochaine émission. Nous y parlerons des modèles domestiques", promet la présentatrice du programme, qui, toujours revêtue d'un tchador noir, donne l'exemple en le rehaussant d'un manteau de couleur différente. Mais à l'émission suivante, chacun convient qu'il n'existe pas vraiment de costume traditionnel iranien.
(source : AFP)


Quand elles jetteront le voile

C'était une image fugitive, dans le wagon-restaurant d'un train de nuit : une jeune femme iranienne réajustait son voile. Ou plus exactement, elle le plaçait en arrière sur sa tête, pour se recoiffer. Tout un symbole : car si les femmes iraniennes, Etat islamique oblige, portent le hijab, elles laissent de plus en plus souvent les mèches de cheveux s'échapper de l'étoffe.
L'épisode inédit de la série "Des trains pas comme les autres" diffusé hier après-midi sur France 2, était passionnant à plus d'un titre. En filmant l'Iran, Bernard d'Abrigeon a réussi à mêler avec finesse l'histoire des Perses, les paysages de rêve (comme la forteresse de Bam, juste avant le tremblement de terre de décembre 2003) et l'évolution de la société.
80% des femmes iraniennes sont alphabétisées. Elles représentent 58 % des jeunes qui vont à l'université. Elles n'ont toujours pas le droit de voyager autrement qu'en famille, mais elles conduisent leur voiture en utilisant leur téléphone portable dans les rues de Téhéran et, parfois, osent prendre la main de leur petit ami. Certaines fument même le narguilé sur le pont Khajou, à Ispahan. Un jour, pensait-on en les regardant vivre et rire, elles jetteront le voile, achèteront un jean et prendront le pouvoir.
Béatrice HOUCHARD



Possibilité de se procurer la cassette de l'émission à partir du 08/09/04 pour le prix de 25,99 euros (frais de port inclus) en envoyant un chèque à l'adresse suivante :

Boutique France Télévision
BP 235
27128 PACY-sur-EURE




[Mon commentaire personnel sur le documentaire :

Le début du film m'a fait craindre que l'on s'attarde trop à Téhéran, mais je dois avouer que la suite m'a beaucoup plu. De tous les documentaires que j'ai vus sur l'Iran, c'est le plus intéressant : le seul qui fait bien visiter la Place Royale d'Ispahan avec tous ses monuments : la mosquée du shah (ou de l'imam), la mosquée Lotfollah, le palais Ali Qâpu, sans oublier le Grand Bazar ; puis belles vues du Chehel Sotun et de ses fresques ainsi que des ponts Khadju et Si-o-sé Pol; visite de Persépolis faite dans l'ordre logique d'arrivée au palais (chaque partie étant très bien expliquée), ce qui est rare ! Visite aussi de Chiraz et du mausolée de Hafez (récitation de quelques vers du poète). Visite instructive de Qom. Belles vues des Monts Zagros et du Grand désert .
En outre, sont parfaitement expliqués le chiisme, le zoroastrisme.
La durée est de 90 mn.
Je regrette de ne pas avoir enregistré cette émission mais j'achèterai la cassette dès le 8 septembre !!!!

Arlette Lebouteiller]
(source : Ouest-France)


Les prophètes du séisme font trembler Téhéran

Téhéran tremble depuis dix jours face à des rumeurs de prédictions apocalyptiques annonçant au jour et à l'heure près, contre toute raison scientifique, le séisme qui anéantira la cité.
Tout a commencé le 28 mai. Ce jour-là, un tremblement de terre de 5,5 secoue le nord de l'Iran. Il fait 35 morts dans deux provinces voisines de la capitale.
Celle-ci ressent fortement la secousse. Ses habitants se précipitent dans la rue. La mégapole en est quitte pour la peur et quelques vitres cassées. Mais les Téhéranais ont été confrontés comme rarement à la menace sismique. Le spectacle des voitures écrasées par les rochers sur la route qui les conduit le week-end à la Caspienne leur donne une petite idée de ce qu'ils risquent.
Depuis, les mauvais augures se succèdent, avec une précision défiant la raison des sismologues, véhiculés à toute allure d'un bout à l'autre de la ville par les médias ou la rumeur. "Alors c'est pour cette nuit ?" demande à la cantonade Hossein R., un employé d'une quarantaine d'années.
Des dizaines de milliers de Téhéranais ont passé dans les parcs la nuit du 28 au 29. Une radio annonce le cataclysme pour le lendemain, à 16H00.
"Il est impossible de prévoir la puissance et le moment d'un tremblement de terre", s'étrangle Mohsen Ghafouri Ashtiani, président de l'institut international de sismologie.
"Ces rumeurs sont totalement fausses. Depuis mars, les failles de Téhéran n'ont jamais été dans une situation de crise", dit de son côté Mahmoud Fatemi Aghda, directeur de l'institut des catastrophes naturelles.
N'empêche, samedi 29 mai à 16H00, maints employés quittent le bureau. "Je suis resté tout seul", se rappelle Ismaïl A., ingénieur. Les Téhéranais connaissent le caractère aléatoire des tremblements de terre, mais on ne sait jamais.
La catastrophe n'a pas lieu. Mais, le mercredi, les propos prêtés à un professeur de l'université technique de Sharif, la plus prestigieuse de Téhéran, sèment la panique chez les étudiants. Le professeur Mohammad Reza Rahimi Tabar aurait prédit un séisme imminent, les failles sur lesquelles est construite Téhéran ayant été activées par des secousses dans la province de Semnan, à l'est de la capitale.
L'université s'empresse de réfuter. Mais des centaines d'étudiants préfèrent dormir à la belle étoile plutôt que dans les dortoirs.
La presse interroge tous azimuts. Elle donne un large écho aux déclarations d'un sismologue chinois, Zhonghao Shou. Le drame est pour bientôt, selon ses observations du mouvement des nuages. L'énergie libérée par le mouvement des plaques créent en effet des "nuages sismiques", aurait-il expliqué.
Peu rassurante, une agence de presse locale, citant un centre sismologique, dit que le séisme n'aura pas lieu avant trois jours. Dernière prédiction courant les rues de Téhéran: avant ce mardi.
Les Téhéranais le croient d'autant plus volontiers qu'il y a en moyenne un fort tremblement de terre tous les 150 ans dans la région. Or le dernier remonte à 170 ans environ.
Et, selon différentes études, menées notamment par des experts japonais, un séisme d'une magnitude de plus de 6 degrés sur l'échelle ouverte de Richter pourrait faire jusqu'à un million de morts parmi les 12 millions d'habitants du grand Téhéran.
Pas un jour ne passe sans qu'un séisme soit enregistré dans le pays. Lundi, un séisme de 4,1 sur l'échelle de Richter a de nouveau fait trembler la même région que le 28.
"Depuis une semaine, nous avons rempli le coffre de notre voiture avec des bouteilles d'eau, des couvertures, des biscuits et des boîtes de conserves", explique Ahmad, un jeune Iranien.
"Les gens ont peur. Ils n'achètent plus d'appartements. Le marché stagnait avant, mais c'est pire aujourd'hui", se désole un agent immobilier sous couvert d'anonymat.
Les organes de la mairie sont en état d'alerte depuis plusieurs jours. "Cela n'a rien à avoir avec les rumeurs, nous voulons simplement préparer nos services à être opérationnels", a assuré Rassoul Khadem, membre du conseil municipal, cité par la presse.
(source : AFP, 07/06/04)


Sur le papier, des centaines d'Iraniens "prêts au martyre" contre les USA

"Je suis prêt au martyre": c'est par ces mots que des centaines de Téhéranais sortant de la prière se sont déclarés prêts vendredi à mener des opérations suicide contre les soldats américains en Irak et à exécuter la sentence de mort contre l'écrivain Salman Rushdie.
Au débouché de l'avenue Taleghani, deux hommes dressés sur un pick-up tendent une banderole dirigeant les fidèles venus de la prière vers un stand sur la place Palestine. "Venez-vous inscrire pour devenir des martyrs".
Là, abrité du soleil brûlant, le "Comité pour la glorification des martyrs du mouvement islamique mondial" distribue ses bulletins d'inscription.
"Au nom d'Allah, moi, Majid Sajjadi, suis prêt à devenir martyr 1/ pour chasser les forces occupantes des villes saintes d'Irak 2/ pour chasser les forces occupantes d'al-Qods (Jérusalem) 3/ pour exécuter la sentence de mort contre Salman Rushdie".
Comme tous ceux qui ont afflué, Majid Sajjadi, 48 ans, pouvait cocher une seule des trois cases. Il a coché les trois. "J'ai été blessé huit fois au front dans la guerre contre l'Irak" (1980-1988), dit-il en exhibant ses stigmates de la guerre et de la défense "sacrée" de Khorramshahr (sud-ouest), "j'ai été dans les prisons du chah. Il est de notre devoir d'assister nos frères musulmans".
Il est prêt à "n'importe quelle sorte d'actions". Il a mis sur sa fiche l'adresse et les numéros de téléphone - "j'en ai donné deux" - et il "attend à présent qu'on appelle".
Si quelqu'un l'appelle, ce sera peut-être Mohammad Yasser Samadi. Il se présente comme un journaliste diplômé d'histoire et le porte-parole de cet obscur "Comité".
Ce dernier avait fait parler de lui il y a quelques mois en érigeant un mémorial à la gloire de Khaled Eslamboli, au moment où la municipalité de Téhéran avait décidé de débaptiser la rue portant le nom de l'assassin du président égyptien Anouar al-Sadate, pour permettre la reprise des relations diplomatiques entre l'Iran et Le Caire.
Selon Mohammad Yasser Samadi, le "Comité a été fondé il y a quelques mois par des étudiants suivant la voie de l'imam" Khomeiny, le fondateur de la République islamique.
"Nous voulons dire que le seul moyen de combattre l'oppression, ce sont les opérations de quête du martyre. Elles ont fait leur preuve au Liban et lors de la guerre contre l'Irak".
Les centaines de Téhéranais des deux sexes et jusqu'à des enfants qui se pressent là se disent tous prêts, comme Massoumeh Mohammadi, une femme au foyer recouverte du tchador, "à donner (leur) vie". "Mon coeur est rempli de haine contre les forces d'occupation".
Aux yeux de Mohammad Hassan Sairinejad, "l'islam est menacé, mais les Américains sont en train de creuser leurs propres tombes". Lui a perdu deux fils à la guerre et à 74 ans, il a "fait plus que (son) temps".
Ces candidats au sacrifice ont pour beaucoup des airs de pères ou de mères de famille peu susceptibles de se joindre plus tard à ces islamistes radicaux qui vont jeter des pierres sur l'ambassade du Royaume-Uni et s'affronter aux forces anti-émeutes. Quant à l'assassinat de Salman Rushdie, il y a beau temps qu'il n'excite plus que quelques radicaux une fois l'an.
Tous, à commencer par Mohammad Yasser Samadi, reconnaissent que le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, doit donner sa bénédiction à ces opérations suicide. "Nous n'avons pas de soutien officiel, explique-t-il, nous allons commencer par annoncer le nombre de candidats au martyre, attendre la permission du Guide, puis monter les opérations avec un financement militaire".
Il admet lui-même que la permission du Guide "est tributaire des circonstances". Jusqu'à maintenant, la diplomatie iranienne a prôné la modération.
(source : AFP)


L'Iran s'ouvre aux chercheurs

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Anne-Marie Romero
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A l'heure où des forces éparses se mobilisent en Irak pour tenter d'enrayer le pillage à grande échelle des sites archéologiques, l'Iran, en revanche, se démultiplie pour faire revenir sur son sol les équipes qui l'avaient fui il y a vingt-cinq ans lors de la Révolution khomeiniste.
Depuis la conférence qui s'est tenue à Téhéran en août dernier, l'archéologie est devenue une priorité pour les autorités iraniennes qui accueillent à bras ouverts les équipes étrangères désireuses de revenir fouiller. En guise de bonne foi, et avant de rouvrir son chantier, l'Institut oriental de l'université de Chicago vient de remettre au département iranien des antiquités quelque 300 tableaux cunéiformes datant du Vè siècle avant J.C., découvertes en 1937, mais qui étaient restées à l'abri, aux Etats-Unis, durant les années de crise. Mais, à l'instar des Egyptiens, qui veulent être systématiquement associés à tous les travaux étrangers, en Iran les étrangers travailleront en partenariat avec des archéologues iraniens. L'Australie, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Japon et la France sont sur les rangs. "Voilà cinq ans, du reste, que nous retournons, sans encombre, sur notre site de¨Pasargades", explique Rémi Boucharlat, ancien directeur de l'Institut français à Téhéran, et membre de la Maison de l'Orient à Lyon.

Pasargades, à 80 km de Persépolis, fut la première résidence des Achéménides, bâtie par Cyrus en 545 avant J.C. Vaste de 300 hectares, le site était connu de longue date à cause de la présence du tombeau du roi, une bâtisse qui s'élève à onze mètres du sol. Les Français n'y fouillent pas, mais font de la prospection géophysique pour identifier un certain nombre d'espaces vides et de constructions dont on ne connaît pas l'usage. Cette année, l'équipe de Rémi Boucharlat sera également amenée à travailler à Persépolis même, capitale de Darius, le successeur de Cyrus, où les Iraniens n'ont jamais cessé de travailler.
(source : Le Figaro - 08/05/04)


Où va l'Iran ?

PAR OLIVIER ROY*


Quel jeu joue l'Iran ? Comment concilier les propositions de médiation en Irak et le soutien au Hamas palestinien ? Qu'en est-il du programme nucléaire ? En fait, la politique extérieure de l'Iran se construit sur deux constantes : la volonté, héritée du dernier chah d'Iran, d'être une puissance régionale, sinon dominante, du moins incontournable, et une posture anti-impérialiste, dernier symbole de la révolution, mais qui se réduit aujourd'hui à une condamnation irréductible d'Israël, ce qui fait un peu de l'Iran le Cuba du Moyen-Orient. Si ces deux tendances se renforcent souvent, elles peuvent aussi entrer en contradiction.
C'est le chah d'Iran qui a façonné la politique régionale de l'Iran. C'est lui qui a lancé le programme nucléaire, un temps abandonné par Khomeyni. Le premier objectif du chah était d'affirmer la suprématie iranienne sur le golfe Persique. L'adversaire était l'Irak, mais il s'agissait aussi d'établir une sorte de suzeraineté sur les petits émirats du Golfe tout juste devenus indépendants. Le chah a fait pression militairement sur les pétromonarchies (occupation des îles de Tumb et Moussa en 1971). Le danger premier était tout ce qui pouvait unifier le monde arabe contre la puissance iranienne. Le chah a donc systématiquement soutenu tout ce qui faisait obstacle au nationalisme arabe. La politique du chah était bien une politique de puissance, et de puissance armée.La révolution islamique d'Iran a, comme la révolution française en quelque sorte, tenté de fusionner messianisme révolutionnaire et nationalisme. Cette fusion se fit dans la promotion d'un chiisme révolutionnaire. La relecture du nationalisme arabe en termes de sunnisme fut aussi défendue par l'Arabie saoudite qui devint le bailleur de fonds de tout ce qui était anti-iranien, tout en en profitant pour répandre comme contre-feux ce qu'on appelle aujourd'hui le salafisme.
Mais, contrairement à l'époque du chah, la réalisation des objectifs de l'Iran islamique supposait le retrait américain du Moyen-Orient. Les attentats contre les troupes américaines au Liban (en 1983) et les prises d'otages ont semblé réaliser cet objectif dans les années 80, au risque d'une éventuelle confrontation directe entre les Etats-Unis et l'Iran, d'où l'intérêt de se sanctuariser par la possession de l'arme nucléaire (relance du programme iranien à partir de 1984).Le problème est que l'exportation de la révolution islamique n'a pas marché justement parce qu'elle s'appuyait de fait exclusivement sur les chiites ; au contraire, une sainte alliance entre sunnisme radical et nationalisme arabe s'est mise en place, qui perdure aujourd'hui. L'invasion du Koweït par l'Irak en 1990 a certes fait voler en éclats les relations entre l'Irak baasiste et la monarchie saoudienne, mais, au niveau des populations, le nouvel islamo-nationalisme a bien pris racine et se définit aujourd'hui dans une hostilité viscérale à la politique américaine et une méfiance envers les chiites.
L'Iran s'est donc repositionné après la mort de Khomeyni, sous l'égide de Rafsandjani, qui est toujours un des grands concepteurs de la politique étrangère iranienne. La nouvelle politique visait à sortir l'Iran de l'isolement, tout en maintenant l'objectif premier : devenir la grande puissance régionale et diminuer la présence américaine dans la région en convainquant les pays arabes de faire reposer leur sécurité sur des systèmes régionaux et non plus sur le parapluie américain. La stratégie n'était plus la confrontation tous azimuts, mais une gestion pragmatique des conflits en cours, afin de se présenter en acteur incontournable mais raisonnable. La clé de cette politique fut la réconciliation avec les régimes arabes conservateurs (Arabie saoudite à partir de 1996, pour terminer avec l'Egypte en 2003), ce qui supposait aussi le lâchage de tous les mouvements séparatistes chiites et le soutien à une réconciliation au Liban (rapprochement avec les chrétiens). En même temps, en prenant une position résolument hostile aux accords d'Oslo, l'Iran se présentait comme défenseur du nationalisme arabe : le soutien au Hamas et au Djihad palestiniens permettait de se laver du péché originel d'identification avec les seuls chiites.
Mais cette politique reposait sur un pari très incertain : la dissociation entre régimes conservateurs arabes et Américains. Or la puissance américaine, au cours des quinze dernières années, bien loin de se dissiper, est au contraire plus présente et plus forte que jamais. Après trois guerres (Irak en 1991, Afghanistan en 2001, Irak en 2003), l'armée américaine est installée chez pratiquement tous les voisins de l'Iran et contrôle les deux pays avec qui l'Iran a les frontières les plus longues : l'Afghanistan et l'Irak. Mais le paradoxe est que toutes les interventions américaines, bien loin de cibler les ambitions iraniennes, ont au contraire visé à la destruction des ennemis de l'Iran : le salafisme djihadiste sunnite de Ben Laden et des talibans et le nationalisme arabe de Saddam Hussein. Ennemis jurés, Téhéran et Washington se retrouvent alliés de fait.
L'Iran n'a modifié ni ses ambitions ni sa stratégie, mais se retrouve aujourd'hui à négocier avec les Américains, pour les mêmes raisons qu'elle s'était rapprochée de l'Arabie saoudite : être au coeur d'un système de sécurité régionale. Si les Américains partent, le risque est que le vide soit comblé par des tendances qui jouent contre les intérêts de l'Iran : un nationalisme arabe virulent, un salafisme sunnite djihadiste comme celui des talibans ou bien des irrédentismes ethniques comme celui des Kurdes. Cette peur du vide concerne évidemment tous les acteurs : les pétromonarchies comme nombre de nationalistes arabes craignent que le vide ne profite aux chiites qui pourraient créer une sorte de «chiitistan» allant du sud de l'Irak au nord-est de l'Arabie saoudite, c'est-à-dire couvrant l'essentiel des champs pétroliers. Mais, en fait, l'Iran ne peut ni ne veut jouer cette carte chiite. La leçon des années 80 est que la solidarité chiite ne fonctionne pas comme alternative politique au nationalisme arabe. Les chiites arabes réagissent en citoyens de leur pays et demandent avant tous les droits civiques. Bref, ils sont nationalistes, même s'ils se considèrent eux-mêmes comme transnationaux : Sistani, en Irak, défend une solution purement irakienne, mais a gardé la nationalité iranienne.
C'est une approche de la logique entre nationalisme et transnationalisme assez proche de celle de l'Eglise catholique. L'Iran est parfaitement au fait de cette évolution du monde chiite et a peu de prises sur elle depuis que Nadjaf redevient une capitale mondiale du chiisme.En fait, l'intérêt de l'Iran est d'avoir un Irak où les chiites jouent un rôle majeur, mais qui reste un Etat unifié (sans un Kurdistan indépendant) et ne dispose pas de forces militaires menaçantes. L'Iran a donc tout intérêt à ce que la démocratie s'installe en Irak, sauf si cela donne trop d'idées à la population iranienne... Le même raisonnement vaut pour l'Afghanistan : la pire des situations est le retour des talibans, donc le gouvernement Karzaï est le meilleur choix. Sur les deux fronts, l'Iran joue la modération parce que c'est bien dans son intérêt.
Reste le nucléaire et Israël. Officiellement, les Iraniens ont déclaré renoncer au nucléaire militaire et accepter les inspections de l'AIEA. Qu'on soit sceptique ou non, c'est effectivement la seule procédure qui puisse permettre soit une sortie de crise, soit une évaluation du risque. Cela évite de refaire les erreurs qui ont conduit à l'occupation de l'Irak. Mais la question nucléaire est bien sûr liée à la posture iranienne concernant Israël. La ligne dure prônée par l'Iran a peu d'incidences sur le terrain : l'intifada ne s'arrêtera pas avec la fin d'un soutien iranien plus symbolique que réel.Mais cette ligne dure peut encourager Israël à une frappe préventive sur le nucléaire iranien, au moment où les Américains ont plus que jamais besoin de la modération iranienne sur l'Iraq. L'aggravation de la situation en Palestine, couplée à une escalade de la violence en Irak qui verrait chiites et sunnites s'allier et coopérer contre les Américains, mettrait fin à ce qui a sans doute été un des facteurs principaux de l'autolimitation des conflits au Moyen-Orient : le clivage entre chiites et sunnites. Si un tel changement de fond, qui lierait le conflit israélo-palestinien et l'irakien (en emportant sans doute la Jordanie au passage), est bien, pour les Américains, le pire scénario, il n'est pas pour autant dans l'intérêt de l'Iran, qui ne contrôlerait plus la dynamique des conflits. Les ennemis sont condamnés à s'entendre, sans trouver les mots pour le dire.


* Islamologue, auteur de L'Islam mondialisé (Seuil).
(source : Le Figaro - 30 avril 2004)


Contre la censure, la finesse et l'ironie des artistes iraniens

Avec raffinement et une certaine ironie face à la répression, les peintres, cinéastes et musiciens iraniens foisonnent d'une activité quasi unique pour le Moyen-Orient, comme en témoigne à Berlin la plus complète programmation culturelle jamais réalisée en Europe.
Les motifs géométriques de la graphiste Parastou Forouhar symbolisent bien ce goût méticuleux de la dérision: anodins à première vue, ils s'avèrent être des couteaux et des scènes de violence. Ses parents, des activistes nationalistes de gauche, ont été liquidés par le régime iranien en 1998, ce qui inspire largement son oeuvre.
La pièce maîtresse de l'exposition illustre aussi à merveille comment la révolte des artistes iraniens sait se draper des plus beaux oripeaux: sur une mélodie de boîte à musique, cinq squelettes de chats et chiens tournent sur des plateaux, vêtus des habits du clergé chrétien, l'un en pape, l'autre en nonne aux jarretières rouges.
Une autre installation montre une femme habillée en tchador s'essayant avec grande difficulté à la danse disco, au jardinage et au ski nautique... Sur une photographie est alignée une série de femmes voilées avec des ustensiles ménagers en guise de visages.
"On ne peut pas être plus censuré qu'en Iran, et malgré tout, les artistes ont développé leur langue qui n'est pas conformiste", résume Rose Issa, la commissaire de l'exposition "Proximité lointaine" (Entfernte Naehe), visible jusqu'au 9 mai à la Maison des cultures du monde.
"Si un artiste iranien a quelque chose à dire, il le fera quoi qu'il arrive", poursuit cette Irano-Libanaise qui a émigré à Londres.
Un triptyque photographique de Mitra Tabrizian illustre les "complots" de l'Histoire iranienne au XXe siècle, et comment ils ont abouti à l'oppression de la femme, ajoute la commissaire.
A gauche, le coup d'Etat fomenté par la CIA en 1953, avec la bienveillance du clergé pour chasser du pouvoir les nationalistes; à droite la Révolution islamique de 1979; au centre, la femme en tchador érigée en modèle.
La difficile condition des femmes est aussi illustrée par une planche dessinée de Marjane Satrapi, connue en France, où elle vit, pour sa série de BD autobiographiques "Persépolis".
Les cinéphiles ne seront pas en reste, avec une trentaine de films des dernières années, parmi lesquels plusieurs oeuvres d'Abbas Kiarostami. Comme lui, un de ses anciens collaborateurs, Bahman Farmanara, a choisi de continuer à travailler en Iran malgré la répression.
"Généralement, la censure met un an à me dire non. Cette fois-ci, il leur a fallu un quart d'heure pour me dire oui. Peut-être, car dans ce film, je mets en scène ma propre mort!", ironise-t-il au sujet de son film présenté à Berlin, "L'odeur du camphre, le parfum du jasmin".
Si beaucoup de peintres et artistes ont choisi l'exil, les cinéastes sont presque tous restés en Iran, remarque la commissaire, car y réaliser un film avec peu de moyens est aisé une fois l'autorisation reçue. "Le cinéma iranien est devenu à la mode en Occident justement en raison de son style dépouillé, qui est un message de sincérité", ajoute Rose Issa.
Enfin, des pièces de théâtre et des concerts viennent émailler la programmation, notamment celui du groupe de rock téhéranais O-Hum. Jeudi, l'importante communauté iranienne de Berlin est venue écouter dans l'émotion la chanteuse traditionnelle Parissa. Une moment rare, les femmes n'étant pas autorisées à chanter en public en Iran, qui plus est la tête nue.
(source : AFP - 29/03/04)


Voter, pour quoi faire ? demande la jeunesse de Téhéran

Du nord verdoyant de Téhéran, avec ses cafés chics, au sud noyé dans la pollution, avec ses frustes maisons de thé, la jeunesse iranienne aurait pu être saisie de frénésie électorale avant des législatives qui vont engager l'avenir de la République islamique.
Beaucoup ont en fait tourné le dos au système politique, déçus par les années Khatami et plus préoccupés d'emploi et de distraction, rares l'un comme l'autre.
A 21 ans, Leila reconnaît volontiers appartenir à la masse de ceux qui ont voté pour les alliés réformateurs du président Mohammad Khatami, promis pour beaucoup à la défaite vendredi.
"J'ai voté deux fois réformateur", dit-elle, sirotant son cappuccino en veillant à ne pas abîmer le pansement qui protège son nez refait, comme celui de tant de jeunes Iraniens et Iraniennes.
Mais votera-t-elle cette fois ?
Elle y réfléchit un moment: "Je ne sais pas bien. Voter pour les réformateurs n'a plus grand intérêt".
"Non, je ne vais pas voter", se ravise-t-elle avant de retourner à sa conversation avec ses amis à propos du manque de neige sur les pistes du nord de Téhéran, rendez-vous de la jeunesse dorée téhéranaise.
Comme elle, deux tiers de la population iranienne a moins de 30 ans, trop jeune pour se rappeler la Révolution islamique de 1979.
Ce sont eux qui ont fait souffler un vent nouveau sur le pays. Les réformateurs ont remporté quasiment toutes les élections depuis le triomphe de M. Khatami à la présidentielle en 1997, jusqu'aux municipales de 2003. Le vent a alors tourné. Les jeunes manifestement, les femmes, les modérés, qui avaient si fortement contribué à leur succès, se sont détournés de leurs devoirs électoraux.
Entre-temps, les réformateurs se sont heurtés à l'obstruction déterminée des conservateurs à leurs projets les plus audacieux, au nom de la défense de l'islam et des valeurs de la Révolution. Aujourd'hui, Mohammad Khatami est volontiers vilipendé comme celui qui a beaucoup promis et peu tenu, et qui n'a pas su tenir tête aux durs du régime.
"Khatami n'est pas un mauvais gars, mais il s'est montré trop faible", commente un des camarades de Leila, conforté dans son propos par la résignation du président à organiser les élections à la date prévue, malgré la disqualification des principaux candidats réformateurs par les organes conservateurs non-élus.
"Les jeunes sont désabusés. Nous voulons plus de liberté, nous ne l'obtenons pas, alors je crois que la plupart d'entre nous ne vont pas aller voter. Pour quoi faire", ajoute-t-il dans ce café du nord opulent de Téhéran. Mais la lenteur, sinon l'échec de réformes politiques et sociales significatives ne constitue pas le seul motif d'amertume chez les jeunes.
Un tour en voiture dans le sud en dit assez sur l'état de l'économie iranienne et sur ce qui occupe l'esprit d'une jeunesse avide de travail, sinon de visas pour des pays plus prospères.
"Les réformateurs ne cessent de parler de liberté et de démocratie. Les conservateurs parlent religion. Mais ça sert à quoi quand on n'a pas de boulot", résume Ali, 19 ans, chômeur.
Officiellement, le chômage affecte environ 13% de la population. Les experts le chiffrent plus près de 20%. L'inflation réelle avoisinerait 30%. L'initiative privée est difficile. Toute l'activité est tributaire de la rente pétrolière.
Ali parle pourtant couramment l'anglais et est diplômé de l'université.
"Qu'est-ce que je dois faire ? Il faut être pistonné pour avoir une bonne place. Je fais le chauffeur de taxi de temps en temps, ou le livreur. Tout ce que je vois autour de moi, c'est la corruption, des conservateurs aux réformateurs", accuse-t-il dans une maison de thé à des années-lumière du nord de Téhéran.
Lui non plus ne votera pas. "Les politiciens ne pensent qu'à leurs intérêts. Comment voulez-vous aller voter pour eux ?"
(source : AFP)


Les grandes dates de la République islamique

La République islamique a ouvert ce dimanche les célébrations de la "décade de l'aurore", les dix jours de 1979 qui ont vu le renversement de la plus vieille monarchie du monde et la victoire de la révolution:

1979-
- 1er fév: L'imam Khomeiny fait un retour triomphal à Téhéran après 15 ans d'exil.
- 11 fév: Chute du régime impérial.
- 1er avr: Proclamation la République islamique.
- 4 nov: Les étudiants islamistes prennent en otages une cinquantaine de diplomates américains à l'ambassade de Téhéran. Les Etats-Unis et l'Iran rompent leurs relations diplomaties en avril 1980. Les derniers otages sont libérés le 20 janvier 1981.

1980-
- 26 janv: Abolhassan Banisadr premier président.
- 27 juil: Le Chah meurt au Caire.
- 22 sept: Début de la guerre Iran-Irak avec l'invasion par les troupes irakiennes de la province pétrolière du Khouzistan.

1981-
- 22 juin: L'ayatollah Khomeiny destitue Banisadr.
- 28 juin: Attentat à la bombe contre le siège du "Parti de la République islamique" (PRI): 74 morts dont l'ayatollah Behechti, numéro deux du régime.
- 24 juil: Ali Radjai devient président. Il est tué le 30 août dans un attentat.
- 2 oct: Ali Khamenei élu président.

1985-
- 23 nov: L'ayatollah Montazeri est désigné comme le successeur de l'imam Khomeiny. Il est écarté en mars 1989.

1986-
- 4 nov: Les révélations iraniennes sur la visite en Iran d'un émissaire du président américain Ronald Reagan font éclater l'affaire des ventes d'armes américaines à l'Iran ("Irangate").

1988-
- 3 juil: Un Airbus d'Iran Air est abattu par erreur par les forces américaines dans le Golfe (290 morts).
- 18 juil: L'Iran accepte la résolution 598 de l'ONU qui exige un cessez-le-feu immédiat avec l'Irak. Il entre en vigueur le 20 août. La guerre a fait des centaines de milliers de morts de part et d'autre.

1989-
- 14 fév: L'imam Khomeiny prononce une fatwa (décret religieux) condamnant à mort l'écrivain anglais d'origine indienne Salman Rushdie pour ses "Versets sataniques", ouvrage jugé blasphématoire. - 3 juin: Mort de l'imam Khomeiny. L'ayatollah Khamenei lui succède et Akbar Hachémi Rafsandjani est élu président en juillet (réélu en 1993).

1990-
- 21 juin: Un séisme dans le nord du pays fait 37.000 morts.

1992-
- 8 mai: Législatives: les conservateurs (alliés aux "modérés") l'emportent sur les "radicaux"
- 7 déc: L'ayatollah Khamenei "contrôle toutes les affaires du pays" et devient l'homme fort de l'Iran.

1994-
- 16 oct: Face à une crise économique sans précédent, l'Iran renoue avec une économie de guerre et met fin au processus de libéralisation lancé en 1990.

1995-
- 30 avr: Washington décrète un embargo commercial et financier total contre l'Iran, accusé de soutenir le terrorisme mondial. Il entre en vigueur le 6 juin.
- 28 nov: Nouveau code pénal inspiré par la Charia.

1996-
- 19 avr: Législatives: victoire de la droite religieuse conservatrice. Son chef de file Ali Akbar Nategh-Nouri est reconduit en juin à la tête du Parlement.
- 19 juin: le Congrès américain adopte la loi d'Amato, sanctionnant les compagnies pétrolières étrangères voulant investir en Iran ou en Libye.

1997-
- 10 avr: La justice allemande met en cause les plus hautes instances iraniennes dans l'assassinat en 1992, à Berlin, d'opposants au régime de Téhéran. L'Union européenne rompt le "dialogue critique", ouvert en décembre 1992.
- 23 mai: Mohammad Khatami, candidat de la gauche et des modérés, est élu triomphalement président.

1998-
- 7 jan: Le président Khatami lance sur CNN un appel au dialogue avec le peuple américain.
- 22 avr: Loi sur l'"islamisation" des services médicaux.
- sept: Normalisation des relations entre Londres et Téhéran après que Téhéran eut dit qu'il ne tenait plus à ce que la "fatwa" contre Rushdie soit appliquée.
- nov-déc: Vague d'assassinats parmi les intellectuels libéraux et les opposants au régime. Le ministère des Renseignements avouera l'implication de certains de ses agents.

1999-
- 26 fév: Victoire des réformateurs au premier scrutin municipal depuis 1979.
- 9-14 juil: Le régime est confronté à la plus importante manifestation de protestation populaire depuis 1979. Des étudiants favorables au président Khatami se heurtent aux forces anti-émeutes.

2000-
- fév: Les réformateurs remportent pour la première fois les législatives.
- avr/déc: Nombreuses arrestations d'intellectuels et d'étudiants proches des réformateurs et début des fermetures de dizaines de titres de presse.
- 26-30 août: Affrontements entre étudiants et forces de l'ordre à Khorammabad (ouest): un policier tué.

2001-
- Jan/dec: Arrestations et condamnations de nombreux journalistes et députés réformateurs, suspensions de publications réformatrices.
- 8 juin: Mohammad Khatami réélu avec 77% des voix.

2002-
- 29 janv: Le président américain George W. Bush place l'Iran sur "l'axe du mal".
- nov: Adoption par le parlement (réformateur) de deux projets de loi, visant à limiter l'emprise des conservateurs sur le pouvoir. Ils seront rejetés.

2003-
- 30 jan: Libération après plus de 13 ans de résidence surveillée de l'ayatollah Montazéri.
- 28 fév: Cuisante défaite des réformateurs aux élections municipales, notamment à Téhéran.
- juin-juillet: Vague de contestation contre le régime islamique, la plus importante depuis 1999.
- 10 oct: le prix Nobel de la paix est décerné à la militante des droits de l'Homme Shirin Ebadi.
- 18 déc: Téhéran signe un protocole additionnel au Traité de non-prolifération nucléaire, acceptant un contrôle renforcé de ses activités nucléaires et accédant après plusieurs mois à l'une des demandes les plus pressantes de la communauté internationale.
- 26 déc: Un séisme dans la région de Bam (sud-est) fait de 40.000 à 45.000 morts. Washington envoie de l'aide et assouplit temporairement un régime très dur de sanctions.

2004 -
- Janv: Une des plus graves crises politiques de la République éclate avec le rejet massif des candidats réformateurs aux législatives prévues en février suivant.
(source : AFP)


Le fils du chah appelle l'Occident à boycotter la République islamique d'Iran

Alors que la crise politique iranienne persiste à dix jours des élections législatives, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, a appelé l'Occident ce mardi à ne pas normaliser ses relations avec l'Iran des mollahs, afin d'accélérer "le mouvement populaire" en faveur d'une véritable démocratie, 25 ans après l'instauration de la République islamique.

"Nous sommes aujourd'hui au moment où nous voulons faire basculer le régime", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse tenue ce mardi à Paris. "Les Iraniens vont faire ce qu'ils ont à faire."

"Tout ce qu'ils espèrent, c'est que le monde aujourd'hui prenne en compte ce qu'ils veulent: de cesser ce marchandage avec les mollahs et d'être à leur côté", a-t-il poursuivi. "Et vous verrez que ce changement sera beaucoup plus rapide que l'on pense."

M. Pahlavi, 43 ans, en exil depuis 25 ans, a tenu ces propos alors que le prince Charles d'Angleterre s'est entretenu durant une heure lundi avec le président iranien Mohammad Khatami, à l'occasion d'une visite en Iran pour rencontrer des survivants du tremblement de terre de Bam.

A la mi-janvier, le président français pour sa part avait reçu en grandes pompes Hassan Rohani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, visite au cours de laquelle Jacques Chirac avait souhaité un "nouvel avenir pour les relations" franco-iraniennes.

Ce mardi, le fils du chah d'Iran a demandé aux pays occidentaux de clarifier leur position vis-à-vis de l'Iran des mollahs, "devenu un centre de conférence pour l'industrie du terrorisme". "Le fond du problème, c'est êtes-vous avec nous ou contre nous? Etes-vous de notre côté ou du côté du régime?", a-t-il demandé.

L'instance conservatrice du Conseil des gardiens, dont les membres sont désignés par l'ayatollah Khamenei, a disqualifié plus de 2.400 candidats réformateurs, dont 80 députés sortants, provoquant depuis janvier une crise politique qui s'est traduite notamment par la démission de nombreux parlementaires réformateurs et les critiques du chef de l'Etat.

Evoquant ce scrutin, Reza Pahlavi a minimisé ce processus électoral du fait de l'absence de pouvoir du Parlement (Majlis). "Ces élections ne veulent rien dire, parce que même si vous êtes un membre du Parlement, vous n'avez pas le droit de faire la loi", a-t-il lancé. "Même si tout le monde participe, cela ne veut rien dire."

Pour le fils aîné du chah, il faut donc saisir ce moment de crise pour unir les Iraniens expatriés "au-delà des divergences idéologiques et politiques" pour s'engager aux côtés du peuple iranien.

Interrogé sur les moyens de la résistance, M. Pahlavi a préconisé "la non-violence" et "la désobéissance civile", tout en admettant qu'"il ne suffit pas d'avoir un mouvement d'opinion, un mouvement intellectuel, (...) des manifestations ou des grèves ouvrières".

"Ce qui pourrait amplifier ce mouvement dépend aussi de certains facteurs extérieurs", a-t-il souligné, avant de conclure: "Le monde peut jouer un rôle extrêmement constructif ou destructeur."
(source : The Associated Press)


Nucléaire : Téhéran sommé de coopérer

La tension vient de monter subitement cette semaine autour du programme nucléaire iranien, qui préoccupe à nouveau les chancelleries occidentales. La sonnette d'alarme a été tirée jeudi à Davos, en marge du Forum économique mondial, par le directeur de l'Agence Internationale pour l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei.
Les Iraniens "s'exposent à des implications graves s'ils ne continuent pas de coopérer pleinement avec nous concernant l'étendue, la teneur et la nature de ce programme", a-t-il précisé, ajoutant qu' "ils savent qu'il est très important pour l'AEIA d'aboutir à la conclusion que [celui-ci] n'a de visées que civiles". Le président iranien, Mohammad Khatami, avait déclaré quelques heures auparavant que "l'Iran n'a jamais eu d'armes de destruction massive (...)" et n'a "rien à cacher".
Paris, Londres et Berlin manifestent pourtant une irritation croissante à l'égard de Téhéran. Leurs trois ministres des Affaires étrangères avaient arraché un accord le 21 octobre dernier, alors qu'une crise grave pointait à l'horizon. Les Etats-Unis, persuadés que l'Iran cherchait à acquérir la bombe atomique, exigeaient une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies.
La priorité pour la troïka européenne était l'apaisement, qui fut obtenu au prix d'un lourd malentendu. Téhéran promettait de suspendre toutes ses activités en matière d'enrichissement et de retraitement d'uranium. Mais le texte restait volontairement flou sur la définition même du terme "suspension".
Les Européens ont toujours dit voir cette suspension du processus comme un premier pas vers une interruption définitive. Les Iraniens affirment, eux, que cette suspension ne revêt qu'un caractère provisoire. De plus, cela ne peut, ajoutent-ils, être immédiatement appliqué, pour des raisons à la fois juridiques - contrats de sous-traitance en cours - et pratiques - volonté de ne pas démanteler des équipes scientifiques patiemment constituées. Concrètement, l'assemblage des centrifugeuses continue.
Cette lecture partielle de l'accord d'octobre, combinée à la découverte de traces de contamination dans les centrifugeuses inspectées récemment par les équipes de l'AEIA, est à l'origine du regain de tension entre Iraniens et Occidentaux. Téhéran n'a, de surcroît, rien fait pour rassurer ses interlocuteurs, en s'empêtrant dans des explications alambiquées : la contamination aurait été causée par des "composants desdites centrifugeuses provenant de l'étranger".
Les ministres de la troïka européenne exigent désormais de l'Iran qu'il "applique sans restriction les termes de l'accord signé l'an dernier suspendant ses activités liées à l'enrichissement" et qualifient, en coulisses, d' "inacceptable" le comportement de Téhéran.
Une atmosphère lourde de veillée d'armes plane sur Vienne, où un incident est venu renforcer les craintes des Européens : le représentant iranien auprès de l'AIEA, Ali Akbar Salehi, respecté de tous pour sa modération et rappelé depuis en Iran, a bel et bien fait l'objet d'une mesure disciplinaire. Le ministère des Affaires étrangères iranien l'a confirmé en faisant valoir que M. Salehi "n'était pas un diplomate" et que la gestion du dossier en avait "pâti".
Les avis divergent sur les buts poursuivis par l'Iran. Pour les Américains, tout ce que cherche Téhéran, c'est du temps pour parachever son programme militaire.
Pour les Européens, Téhéran veut faire monter les enchères, obtenir plus encore en matière de transferts de technologies. "Ils vont tout perdre, en jouant ainsi avec nos nerfs", s'exaspère un expert proche du dossier. Rendez-vous est pris pour la troisième semaine de février et la remise du rapport des inspecteurs au conseil des gouverneurs de l'AIEA.
(source : Le Figaro - 24 janvier)


Une interview du secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale

Hassan Rohani: «Choisir le moment d'une reprise des relations avec les Etats-Unis»
En visite en France, où il a été reçu par Jacques Chirac, Dominique de Villepin, ainsi que par le président du Sénat, Christian Poncelet, l'hodjatoleslam Hassan Rohani est le représentant personnel du Guide de la Révolution, l'ayatollah Khamenei, au Conseil suprême de la sécurité nationale. Il serait également proche de l'ancien président de la République, Hachemi Rafsandjani. C'est lui qui avait négocié l'accord du 21 octobre sur les activités nucléaires de l'Iran, avec les ministres des Affaires étrangères allemand, britannique et français. Ce compromis permit la signature par Téhéran du Protocole additionnel au TNP (traité de non-prolifération nucléaire), dénouant ainsi la crise qui menaçait avec les Etats-Unis. Tout en reconnaissant les progrès accomplis par Téhéran depuis octobre, les Français ont encouragé l'émissaire iranien à poursuivre jusqu'au bout la démarche engagée alors.
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Propos recueillis
par Claude Lorieux et Pierre Prier
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LE FIGARO. - Que rapportez vous de vos entretiens de Paris ? Hassan ROHANI. - L'objectif de ce voyage, effectué à l'invitation de la France, était de poursuivre le dialogue sur le problème nucléaire. Nous sommes tombés d'accord pour l'accélérer. Notre coopération devrait permettre de réduire nos inquiétudes sur plusieurs dossiers: conflit israélo-arabe, Afghanistan, Caucase et Irak, la question la plus importante étant, selon nous, la façon dont la souveraineté sera transférée aux Irakiens.

A Vienne, siège de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), on s'inquiète de l'assemblage par l'Iran de centrifugeuses destinées à enrichir l'uranium...
Le communiqué signé le 21 octobre avec les ministres français, britannique et allemand, précise que nous suspendons volontairement l'enrichissement d'uranium. Le fait d'assembler des centrifugeuses n'a rien à voir avec l'enrichissement. Je vous signale que nous n'avons jamais dit que nous arrêtions définitivement l'enrichissement.

Le but final, c'est que l'Iran renonce définitivement à posséder l'arme nucléaire. Vous y engagez-vous ?
A partir du moment où nous avons signé le traité, nous nous y sommes engagés. Nous n'étions jamais entrés dans cette voie. L'AIEA l'a reconnu. Nous voulons prouver au monde que nous ne cherchons pas à obtenir l'arme nucléaire. Nous voulons créer la confiance. En contrepartie, nous demandons aux pays industrialisés de mettre à notre disposition la technologie nucléaire à des fins civiles, comme le prescrit le traité de non-prolifération.

Avez-vous évoqué la situation nucléaire au Proche-Orient ?
Oui. Nous souhaitons coopérer avec les trois pays pour arriver à un Moyen-Orient dénucléarisé. Si les arsenaux d'armes de destruction massive détenus par Israël ne sont pas détruits à terme, les pays de la région seront encouragés à se lancer dans la course aux armements.

M. ElBaradei, le patron de l'AIEA, souligne que la communauté internationale a donné «une dernière chance» à l'Iran. Si les Etats-Unis ne sont pas convaincus de votre entière bonne foi, ils soumettront le dossier iranien au Conseil de sécurité. Êtes-vous conscient du risque ?
Nous avons suivi nos engagements à la lettre. M. ElBaradei le sait. Nous avons accepté d'appliquer immédiatement le protocole additionnel, sans attendre la fin des échéances légales. Aujourd'hui, les inspecteurs de l'AIEA travaillent en Iran sur la base de ce protocole. Donc dites-moi quelle inquiétude peut-il y avoir maintenant?

En visite à Téhéran, Javier Solana, le représentant de l'Union européenne, s'est dit incapable d'expliquer aux Européens comment 45 % des candidats aux législatives du 20 février, dont 83 députés sortants, ont été interdits de candidature par le Conseil des gardiens de la Constitution...
Une loi peut être appliquée avec souplesse ou de façon très stricte, à l'instar du policier Javert dans Les Misérables. L'histoire de l'Iran d'aujourd'hui ressemble aux Misérables. Le Conseil des gardiens paraît appliquer la loi de façon très stricte, inacceptable aux yeux des critiques.

N'est-ce pas ce que dit Javier Solana ?
Je pense que l'on s'achemine vers une solution. L'ayatollah Khamenei, le Guide de la Révolution, vient de donner des instructions précises dans ce sens au Conseil des gardiens. Les membres du Parlement sortant devraient être considérés comme ayant d'emblée les qualifications nécessaires pour se présenter au scrutin du 20 février, sauf si, pour des raisons précises et claires, on prouve le contraire.

Par des décisions aussi brutales, les conservateurs pourraient dégoûter beaucoup d'électeurs. Un fort taux d'abstention ternirait la représentativité des élus...
A la différence des scrutins locaux, les élections législatives ou présidentielle ont toujours attiré le peuple. Je prévois donc que la participation dépassera les 60%, alors que, dans un bon nombre de pays occidentaux, elle ne dépasse pas les 30% ou 40%. En revenant sur sa première décision excluant de nombreux candidats, le Conseil des gardiens crée un climat propice à une forte participation.

La participation américaine aux opérations de secours après le tremblement de terre de Bam avait relancé les spéculations sur une éventuelle reprise des relations diplomatiques. Est-ce encore à l'ordre du jour ?
Depuis vingt-cinq ans qu'on en parle, la question des relations Iran-Etats Unis est devenue particulièrement complexe et une décision à ce sujet très délicate à prendre pour chacune des parties. Mais il faut être réaliste: un jour ou l'autre, ces relations devront être rétablies. Notre habileté, je dirais notre art, sera de choisir le meilleur moment.

Le voyez-vous se rapprocher ?
En intervenant en Afghanistan et en Irak, les Américains sont devenus nos voisins. Ils ont senti qu'ils avaient véritablement besoin de nous et qu'on ne pouvait résoudre les crises régionales sans la participation iranienne. Ils ont également pris la mesure de la fermeté de notre lutte contre al-Qaida, dont nous avons arrêté plus de 300 membres. La tragédie de Bam ne suffira pourtant pas à faire sauter l'espèce de goulot d'étranglement qui bloque la reprise de nos relations. Elle a fait apparaître une sorte de lueur d'espoir. Mais nous n'avons pas besoin de lueurs. Nous avons besoin de bulldozers pour détruire le mur qui sépare nos deux pays. Le hic est que chaque partie compte sur le bulldozer de l'autre pour faire ce travail!

Difficile de croire que le moment idoine pour une reprise des relations survienne alors que les Américains se préparent à élire leur président cette année, les Iraniens l'année prochaine ?
On pourrait dire au contraire que la fin d'un mandat présidentiel peut être le meilleur moment pour prendre une telle décision! L'essentiel est que l'une et l'autre parties y trouvent son compte.

Téhéran peut-il user de son influence auprès des chiites irakiens pour les inciter à la modération ?
Jusqu'à présent, l'action de la communauté chiite a été raisonnable et acceptable. Mais nous avons également d'excellentes relations avec les Kurdes et celles que nous avons avec les sunnites ne sont pas mauvaises. Mais si l'Irak dépassait ces divisions entre chiites, sunnites et Kurdes, je pense que cela serait une bonne chose.

On parle de vous comme candidat de compromis à l'élection présidentielle de l'an prochain...
C'est prématuré. Attendons les législatives du mois prochain pour disposer d'une image plus claire des tendances de l'opinion. Nous verrons alors qui, des plus radicaux ou les plus modérés, seront davantage représentés au Parlement.

La «photo» sera-t-elle fidèle si le Conseil des gardiens confirme l'élimination de plus de 2 000 candidats sur 8 000 ?
Je vous ai déjà dit que l'intervention du Guide, l'ayatollah Khamenei, permettrait de rétablir beaucoup de candidatures invalidées...
(source : Le Figaro - 17 janvier)


FARAH PAHLAVI : "DONNEZ A LA CROIX-ROUGE"

Le séisme le plus meurtrier qui ait secoué la région depuis trente ans a ravagé Bam, un lieu que Farah Pahlavi connaît bien. Déjà sous le règne de son époux, le shah d'Iran, la ministère de la Culture iranien avait entrepris des travaux pour sauvegarder la citadelle de cette ville. L'impératrice nous a confié ses souvenirs et son douloureux sentiment d'impuissance devant les événements.

Point de Vue : Comment avez-vous appris cette catastrophe ? Farah Pahlavi : Par la télévision française, dans la matinée du 26 décembre. Immédiatement, je me suis branchée sur les radios iraniennes et sur Internet. C'est comme cela que j'ai compris peu à peu l'ampleur de la catastrophe.

Vous-même, vous avez été confrontée à des tremblements de terre en Iran ? Oui, car notre pays est malheureusement sujet à ce genre de catastrophe naturelle. La panique et la peur dans le regard d'un enfant qui a tout perdu, ses parents et sa maison, je sais ce que c'est. Je me souviens particulièrement de deux tremblements de terre, le premier à Téhéran et le second dans le nord du pays, au bord de la mer Caspienne. A ces deux occasions, j'ai vraiment senti le sol qui se dérobait sous mes pieds et c'est une impression que l'on n'oublie pas. D'ailleurs, chaque fois que le pays était victime d'un tremblement de terre, le roi ou moi-même nous rendions sur place avec les représentants du Lion et du Soleil Rouge. C'était le nom de la Croix-Rouge iranienne à l'époque. Cette organisation avait une capacité de réaction fantastique. Son directeur, monsieur Hossein Khatabi, était un homme merveilleux. Il a été l'un des premiers à être emprisonné par les mollahs après la révolution de 1979. Aujourd'hui, il nous a quittés.

Ce tremblement de terre a anéanti un site historique fabuleux, la citadelle de Bam. C'est un lieu que vous connaissez bien ? J'étais plus ou moins impliquée dans tous les projets culturels. La sauvegarde de la citadelle de Bam était l'un d'entre eux. Je me suis rendue deux fois dans cette ville. Curieusement, ce qui domine dans mon souvenir, c'est le parfum des lauriers-roses qui poussaient un peu partout dans la ville.

Vous avez suivi les récents événements à la télévision, à la radio et sur Internet. Ne ressentez-vous pas un extraordinaire sentiment d'impuissance ? C'est terrible, non seulement pour moi, mais aussi pour mes enfants. Ce qui m'a fait le plus mal, c'est la désorganisation qui a régné durant les premières heures. J'ai vu qu'une équipe de secours française avait été bloquée une journée entière à l'aéroport de Bam avec un hôpital de campagne. Au moment où les survivants manquaient de tout. En revanche, j'ai été soulagée d'apprendre qu'on avait autorisé les chiens secouristes. Il y a une dizaine d'années, lors d'une précédente catastrophe, les mollahs les avaient interdits sous le prétexte qu'ils étaient impurs dans l'Islam.

Concrètement, que pouvez-vous faire ? Un don anonyme à la Croix-Rouge ou à Médecins sans frontières. J'aimerais d'ailleurs encourager tous ceux qui souhaitent aider l'Iran, à faire la même chose. J'aimerais aussi remercier tous ceux qui ont déjà participer à cet élan de solidarité, un peu partout dans le monde. Principalement mes compatriotes iraniens en exil qui se sont mobilisés d'une manière extraordinaire.

PROPOS RECUEILLIS PAR VINCENT MEYLAN

DONNEZ, C'EST FACILE
Pour envoyer vos dons aux sinistrés du séisme :
Croix-Rouge française Séisme Iran - BP 100 - 75008 Paris
Secours Populaire français 9-11 rue Froissart - 75140 Paris - Cedex 03. Tél. : 01 44 78 21 00
Médecins Sans Frontières Sur le site internet : www.msf.fr
(source : Point de vue)


Après le séisme de Bam, l'Iran songe à déplacer sa capitale

Inquiètes d'une répétition possible du drame de Bam dans la région à risque sismique de Téhéran, les autorités iraniennes envisageraient de déplacer la capitale vers une zone plus sûre, ont indiqué lundi la presse et des responsables iraniens."Le Conseil suprême national de la sécurité (CSNS) examinera prochainement un projet de délocalisation de la capitale de Téhéran", a déclaré le chef du CSNS, Hassan Rohani, cité par le journal Hayat-e No.Selon Rohani, ce projet a été proposé une première fois en 1991 "mais en raison de la résistance de certaines franges du pouvoir, le plan a été suspendu".Il a également précisé que le CSNS allait mettre à jour son projet de 1991 pour le soumettre aux autorités avant la fin de l'année calendaire iranienne, en mars 2004. Il n'a toutefois mentionné aucun nom de ville pour remplacer Téhéran en tant que capitale de l'Iran.Bam a été rasée à 90% le 26 décembre par un séisme d'une magnitude 6,8 sur l'échelle de Richter. Plus de 30.000 habitants ont été tués dans leur sommeil dans cette ville du sud-est de l'Iran.Le porte-parole du gouvernement, Abdollah Ramazanzadeh, a indiqué lundi que l'hypothèse d'une délocalisation de la capitale était à l'étude depuis 1989 en raison de la densité de population, des difficultés de circulation, de la pollution et des risques de tremblements de terre à Téhéran."Il y a des opinions contradictoires et nos experts ne sont encore parvenus à aucune conclusion", a-t-il dit.700.000 MORTS. Avant même la catastrophe de Bam, les sismologues prévenaient qu'une secousse équivalente à Téhéran aurait des conséquences désastreuses dans cette ville de 12 millions d'habitants.Professeur de géophysique à l'université de Téhéran, Bahram Akacheh estime qu'un séisme comme celui de Bam tuerait plus de 700.000 personnes dans la capitale. Les bâtiments gouvernementaux pourraient en outre s'effondrer, ce qui annihilerait toute capacité de réaction de l'Etat.Akacheh a écrit au président Mohammad Khatami pour lui proposer de délocaliser la capitale dans le centre du pays, à Ispahan, choisie comme capitale à la fin du XVIe siècle par le chah Abbas le Grand. La capitale avait ensuite été transférée à Téhéran en 1788.A la suite du tremblement de terre de Bam, les autorités iraniennes ont reconnu que les bâtiments de Téhéran et des principales villes du pays étaient particulièrement vulnérables en cas de séisme, même modéré, en raison du non-respect des normes de construction.Ramazanzadeh a estimé que des efforts avaient été entrepris pour améliorer la résistance de Téhéran mais que la situation était loin d'être parfaite."La dernière initiative du gouvernement a été de renforcer le réseau de gaz naturel à Téhéran. Mais il nous reste encore beaucoup de chemin à accomplir avant de faire de Téhéran un endroit sûr pour vivre", a-t-il insisté. Le dernier grand séisme à Téhéran remonte à 1830.Les sismologues préviennent toutefois qu'une importante faille court le long des montagnes de l'Elbourz, au nord de la capitale.Selon le journal Aftab-e Yazd, le ministère de la Santé estime qu'un tremblement de terre d'une magnitude sept sur l'échelle de Richter détruirait 90% des hôpitaux de Téhéran.
(source : Reuters)


Les Iraniens de Paris se mobilisent pour leurs compatriotes

La communauté iranienne de Paris se mobilise pour les rescapés de Bam. Un collectif d'associations et d'organisations humanitaires franco-iraniennes organisera vendredi à la mairie du XVe arrondissement de Paris une soirée de solidarité pour les victimes du séisme.
Après avoir dressé un bilan de la situation humanitaire par la Croix-Rouge, la soirée sera consacrée à une conférence sur la citadelle de Bam et à la lecture de poésie bilingue français-farsi, des chants et de la musique traditionnels persans, précise mardi le Collectif dans un communiqué. Les portes de la salle des fêtes seront ouvertes au public de 16h à 20h.
Une participation de 5 euros minimum sera demandée et les fonds réunis seront entièrement reversés à la Croix-Rouge et à Médecins sans frontières. Les participants pourront également verser une contribution à d'autres organisations, dont celle du prix Nobel de la paix 2003 l'avocate Shirin Ebadi, a expliqué à l'Associated Press Guissou Jahangiri, présidente de Open Asia-France, une ONG humanitaire créée en 1996.
Le collectif réunit l'association Aftab, Culture d'Iran, Dialogue et Démocratie, la Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie et, pour l'Iran, l'Association des écrivains iraniens, l'Association humanitaire du prix Nobel Shirin Ebadi, le Comité de coordination des ONG des femmes pour l'aide aux victimes de Bam.
(source : AFP)


Ebadi: "le culte du héros a toujours ramené ce pays en arrière" (ENTRETIEN)

TEHERAN - L'avocate Shirin Ebadi a indiqué dans un entretien avec l'AFP qu'elle recevrait son prix Nobel de la paix mercredi à Oslo sans le foulard dont les Iraniennes sont tenues de se couvrir la tête, en Iran comme à l'étranger.
Shirin Ebadi, défenseur des droits de l'Homme, des femmes et des enfants, refuse aussi de porter le drapeau de la libéralisation de la République islamique parce que "le culte du héros a toujours ramené ce pays en arrière".

Question: Porterez-vous le hidjab à Oslo ?
Shirin Ebadi: Je serai sans hidjab.

Q: Vous risquez à nouveau d'en irriter certains en Iran...
R: Il y en a toujours eu que mon action irritait, ce n'est pas très important. Je veux la liberté pour les Iraniennes de porter ou non le hidjab. Mais je veux aussi que les musulmanes de France soient libres de le porter ou non. Je proteste aussi vivement contre le gouvernement iranien que contre le gouvernement français.

Q: Les menaces sont-elles plus nombreuses contre vous ?
R: Elles ne sont pas nouvelles. J'en reçois depuis dix ans, coups de téléphone, lettres. Je n'ai pas accepté les gardes du corps qu'on m'a proposés. Quand je vais dans des lieux publics, je préviens l'Intérieur. J'essaie de continuer à mener une vie normale. Je dîne avec ma famille. Je coupe les téléphones quand je rentre. J'ai beaucoup plus de demandes de dossiers à défendre. Après Oslo, je tâcherai de ne plus donner d'interviews, pour continuer mon travail d'avocate et de défenseur des droits de l'Homme.

Q: Certains en Iran attendaient plus d'engagement public de votre part.
R: Le Nobel n'a rien changé à mon engagement. (Bertolt) Brecht a dit: "Malheur à un peuple qui a besoin de héros". Le culte du héros a toujours ramené ce pays en arrière. Les Iraniens n'ont pas compris cette leçon, c'est ce qui m'a le plus affectée ces dernières années. Les héros meurent, trahissent ou échouent, pas les idéaux. Les gens doivent se battre eux-mêmes pour leurs droits, et beaucoup de gens le font. La liberté ne s'offre pas sur un plateau d'argent. Mais les réformes doivent être pacifiques, surtout en cette période sensible. Je crois à la lutte parlementaire. Beaucoup de nos lois violent les droits de l'Homme et doivent être changées. Ces idées peuvent ne pas satisfaire les jeunes. Mais j'ai été emprisonnée pour elles.

Q: La lutte parlementaire a montré des limites.
R: Parce que les gens ne se sont pas battus comme il fallait. Ils se sont fatigués trop vite. Aux municipales (2003), ils sont restés à la maison et les conservateurs ont gagné. Aujourd'hui, le maire conservateur veut enterrer les victimes de guerre sur les places publiques. Il fait fermer les centres culturels. Quand les gens quittent l'arène, ce sont les conservateurs qui en profitent, ou les Etats-Unis. Nous ne voulons ni les conservateurs ni l'occupation étrangère.

Q: Vous savez que le même scénario risque de se reproduire aux législatives de février. Des Iraniens, des étrangers espèrent que des personnalités comme vous prendront le relais des politiques.
R: Je n'entrerai jamais en politique. Je resterai parmi les Iraniens pour les défendre.

Q: Des gens comme (Hachem) Aghajari ont payé cher leur engagement. Des Iraniens vous croient, vous, intouchable désormais.
R: Les manifestations contre sa condamnation à mort (2002) ont été l'événement le plus important des dernières années. Elles ont empêché l'exécution. Les Iraniens ont montré qu'ils existaient.

Q: Une récente résolution de l'Onu parle de détérioration constante des droits de l'Homme en Iran.
R: La situation s'est dégradée ces deux dernières années, même si elle s'est améliorée par rapport à il y a 20 ans. Parce que certains se considèrent au-dessus des lois. L'affaire Kazemi (journaliste tuée en détention) est exemplaire. Tout le monde s'est cru au-dessus des lois.

Q: Vous avez accepté de plaider dans cette affaire.
R: Je serai physiquement présente au tribunal. Je dirigerai toute la procédure.
(source : AFP)


Strasbourg, havre de Perses

Tout le monde (ou presque) connaît l'Iranienne Marjane Satrapi, héroïne de la jeune bande dessinée française. Eh bien, saviez-vous que l'auteur de Persépolis est diplômée des Arts décos de Strasbourg ? (...) C'est à Strasbourg, plus qu'ailleurs, que s'est installée, dès l'époque du chah, une importante diaspora iranienne plutôt intello. La capitale alsacienne abrite aujourd'hui non seulement un institut d'études des langues et civilisations persanes, mais aussi des cinéastes, des poètes, des écrivains, des musiciens... qui tentent tant bien que mal de poursuivre chez nous l'oeuvre entamée chez eux. L'importance de la communauté iranienne strasbourgeoise s'explique par la proximité de l'Allemagne, d'où les confédérations étudiantes iraniennes participèrent à distance à la révolution islamique. Ses membres ont vite déchanté, passant d'une opposition au chah à une lutte contre le régime des mollahs. d'autres les ont rejoints, qui, ne pouvant se rendre aux Etats-Unis, se sont retrouvés à l'université internationale américaine Schiller. Avec le temps, les membres de cette diaspora auraient-ils développé une sensibilité "franco-persane" ? Il semble bien que oui. Diffuser ce qu'ils ont à dire et dévoiler ce qu'ils ont à montrer, c'est la mission de l'association Damavand, présidée par Babak Mehmanpazir. Maître de conférence à l'université Robert-Schuman, il s'applique à présenter les arts persans à un public franco-français lors d'expos, de soirées publiques... Et à faire connaître les prochaines Marjane Satrapi ?
Nicolas Schelté
(source : Télérama n°2811)


SHAHROKH MOSHKIN GHALAM : La transe sacrée d'un Persan

La ressemblance est saisissante. Hiératique et gracile, masculin et féminin, Sharokh Moshkin Ghalam, 36 ans, est le roi Darius, sculpté sur les bas-reliefs de Persépolis : barbe ciselée, chevelure ondoyante, cils ourlés de khôl. Il était fait pour embraser la scène. Mais dans un pays étouffé par ses dogmes, rien ne le prédestinait à arpenter, très tôt, les sentiers ardus de la danse, qui oblige à dévoiler son corps... Rien, sauf l'histoire chaotique d'un Iranien qui a refusé de voir son âme rebelle fossilisée dans une catéchèse. Une fois son costume de scène abandonné, la répétition terminée, le corps vidé, dans un coin de la salle de spectacle, Shah déverse sa vie. Et ses yeux jettent des braises. La danse lui brûle les veines. On n'imaginait pas à quel point .
Sous le régime du shah d'Iran, le père occupe un poste élevé : préfet militaire. "Il avait tous les pouvoirs..." Sa mère, d'une beauté éblouissante, est enseignante. Le mari voudrait qu'elle reste au foyer. Depuis le règne des Pahlavi, les femmes ne sont pourtant plus tenues de porter le voile. Mais Shah, petit garçon, enrage de voir sa mère "subir ce joug machiste". Il voudrait ressembler à cette fée tutélaire, développer en lui cette fibre féminine corsetée par la mentalité des hommes. Son rêve : danser. S'évader par la grâce des arabesques. Un comble. Depuis l'ère glaciaire des Qadjars, avant les Pahlavi, les danseurs ont le diable au corps ! " Les femmes sont vues comme des prostituées, les hommes comme des homosexuels, souffle-t-il. Si mon père avait appris que je prenais des cours de danse en cachette, il m'aurait tué !" Alors Shah se cherche un asile : la poésie, Omar Khayyam, Nezami, dont il tirera, bien plus tard, un spectacle joué en 2002 à Covent Garden, à Londres : Les Sept Pavillons d'amour.
Et puis les digues rompent. Et déferle le torrent révolutionnaire. 1978 : Shah n' a que 11 ans. Il voit nombre de ses amis tués, l'un d'eux lapidé. Son père est emprisonné. Il s'évade pour gagner la France. Shah, lui, attend l'âge de 18 ans pour fuir son pays, avec son petit frère. A pied... C'est le début du calvaire : les passeurs, payés par les parents, se sont évaporés aussi vite qu'ils ont perçu leurs gages. Et les enfants marchent, des mois durant, vers Istanbul. Jusqu'à ce qu'ils puissent joindre leur père, qui envoie un ami les chercher pour les ramener à Paris. Havre magique, rêvé ! Mais cette fois, le rêve n'est plus chimère. Après des études d'histoire de l'art, Shah rencontre celle qui sera son mentor pendant cinq ans : Ariane Mnouchkine. Une révélation. Au Théâtre du Soleil, il enchaîne et sublime les rôles phares, Apollon dans Les Atrides, la Nuit et le Roi dans la Ville parjure, Tartuffe... Il étudie, auprès des plus grands maîtres, les techniques ancestrales du katak et katakali (Inde), du topeng et baris (Bali)... Pour cingler, un beau jour, vers d'autres cieux. Suivre son chemin.
Shah veut servir la musique persane et fonder sa compagnie. L'univers qu'il met en scène, baigné d'onirisme oriental, est le miroir de sa mémoire. Il s'entoure de femmes, de tous les continents. "Pas des femmes-objets, s'enflamme-t-il, des femmes en majesté." Habillées de voiles vaporeux, d'un érotisme subtil, d'une langueur sensuelle. "Mes spectacles sont des hommages à ma mère, aux femmes d'Iran, à la liberté." Il danse comme il se rebelle. Ses flambeaux : les poètes de ses origines, la Perse incandescente. Quand d'autres brandissent des slogans politiques, lui dépose l'excitation ambiante et la folie des hommes sur un ruban de soie, cultive son profil biblique, bras en croix, et sa dualité masculin-féminin comme une fusion des genres. Il faut le voir, mage diaphane, danser les Quatrains du poète Omar Khayyam, odes à la jouissance de la vie coulant sans retour... Tournoyer au son du daf, quand le tambour scande la dentelle lancinante des instruments à cordes. Autour de lui, des femmes parées de turquoise miment la houle végétale. Et le vertige gagne... Il faut le voir interpréter un duo avec Karine Gonzalez, danseuse de flamenco, elle, cheveux tirés, lui, crinière au vent, pivotant sur lui-même, porté à la transe extatique des soufis (tendance mystique d'un islam apaisé), en quête du divin. Ou plutôt de sa lumière intérieure. "La danse soufie n'est pas religieuse mais sacrée", plaide-t-il, sillonnant les scènes du monde. Tournant inlassablement autour de l'Iran, relié à sa patrie par un fil tendu. Sans jamais y retourner. Il le crie : " Il est hors de question que je danse voilé ! Je ne veux pas que l'on me coupe les ailes..."
Après New York et Londres, il se produit avec sa compagnie Nakissa, le 22 novembre, à Boulogne-Billancourt, invité par la ville dans le cadre d'une saison iranienne. Sous le sable de l'Iran, c'est le vent de la Perse qui souffle, contrée des Mille et Une Nuits, des raffinements de l'esprit, des subtiles miniatures et des princes de légende... Des ailes enfin déployées sur sa terre natale ? Il en rêve. Un jour, peut-être.

DELPHINE SAINTE-ANNE
(source : Point de Vue n° 2887)


MUTATION DE LA SOCIETE IRANIENNE

(Interview de Yann Richard* sur R.T.L.)
En substance, Yann Richard a dit que les USA jouaient avec l'Iran le même scénario que celui qui les avait conduits à la guerre en Irak.
Des deux côtés, on cherche à gagner du temps ; l'Iran cherche à faire des concessions pour ne pas être sous des menaces directes. Tout le monde attend. Mais il ne faut pas oublier que le projet iranien de bombe atomique date d'avant la révolution. Les Iraniens ont des spécialistes de haut niveau qui ont été aidés par la France. La dissolution de l'Union Soviétique a aussi favorisé la fuite de scientifiques de ce pays vers l'Iran qui a pu de la sorte acquérir de nouvelles technologies. Et puis, se disent les Iraniens, si le Pakistan a la bombe atomique, pourquoi ne l'aurions-nous pas, nous aussi ?
L'Iran est plus loin d'Israël que de Bagdad : le risque est moindre pour l'Iran. L'Iran a besoin de trouver un compromis avec la société internationale. L'Iran essaie de jouer la carte de l'Europe contre celle des USA : c'est une très vieille stratégie de l'Iran. Les Iraniens veulent trouver une alternative aux pressions américaines. Ils se trouvent actuellement encerclés par les Américains.
Les Iraniens sont-ils responsables de certains attentats en Irak ? Il n'y a pas de preuves. C'est peu probable dans la perspective actuelle. Une solution pacifique en Irak ne peut tourner qu'au profit des chiites. Les chiites pensent que leur heure est arrivée : ils ont intérêt à composer avec les Américains et ceux-ci savent que les chiites en Irak sont soumis aux pressions des Iraniens. L'Iran détient la clé de la pacification de l'Irak et n'a pas intérêt à détruire les essais de pacification.
Peut-il y avoir une évolution, une libéralisation de la société iranienne ? Les dernières élections ont profité aux réformateurs. Mais Khatami n'a rien pu faire. Les étudiants ont été réprimés très durement : certains sont encore en prison. Les réformateurs essaient de transformer le régime de l'intérieur mais il y a une désaffection des jeunes notamment : ils ne sont plus solidaires du régime islamique, ce qui est grave. L'attribution du Prix Nobel de la Paix à une Iranienne a été une immense nouvelle, très bien accueillie. Mme Shirin EBADI a mené un combat exemplaire pour les droits de l'homme, les enfants, les femmes sans avoir jamais renié l'islam. Elle se battra pour que les minorités soient respectées en Iran. Elle est capable de redonner espoir à ceux qui commençaient à désespérer, notamment les jeunes et les femmes.

* Yann RICHARD vient de publier un livre : 100 mots pour dire l'Iran moderne.
(source : RTL)


LE VOILE A PRIS NAISSANCE EN PERSE
Le voile, institution sociale ?

"Une erreur, souvent répandue par les Occidentaux, consiste à croire que le voile a été originellement imposé par l'islam. Or, la pratique de couvrir le visage d'une femme en Orient a pris naissance en Perse, longtemps avant l'islam. Couvrir son visage à l'époque était considéré comme un symbole d'honneur pour l'élite. La tradition du port du voile s'étendit à la péninsule arabe par ses relations avec la Perse, et fut adoptée en Arabie à une époque préislamique.
La réelle conception de l'islam est qu'une femme est complètement libre d'avoir son visage, la paume de ses mains et ses pieds visibles mais en même temps, elle ne doit pas tirer avantage ou mal utiliser ses attributs féminins dans le but d'attirer les hommes.
Aussi si l'islam ne préconise aucun système particulier de voile, pourquoi certaines personnes prétendent-elles que le port du voile est arrivé comme une conséquence directe de la loi islamique ? Les partisans de cette thèse affirment que lorsqu'on ordonna aux épouses du Prophète de se couvrir devant les étrangers, cela signifiait que toutes les femmes musulmanes devaient leur emboîter le pas. C'est la seule fois où le voile est mentionné dans le Coran et on peut se demander pourquoi l'on a obligé les femmes du Prophète à porter un voile sur leur buste en présence d'étrangers.
Simplement la maison du Prophète était en permanence ouverte à tout le monde, et il n'y avait aucune intimité pour les femmes ; chaque détail de leurs vies privées était minutieusement étudié par le public. En réponse à cela, le Prophète mit un rideau entre les femmes et le flot continu des visiteurs et leur dit de se couvrir comme protection lorsqu'elles s'aventuraient dehors. Voilà pourquoi le voile est dit avoir été complètement ordonné par l'islam. Mais les avocats de cette théorie semblent soit oublier, soit ignorer le fait que durant leur pèlerinage, les femmes ne portent pas le voile, bien qu'elles se mélangent aux hommes, et que les femmes qui normalement portent le voile doivent le retirer durant cette occasion religieuse de l'année musulmane. En fait, le port du voile était un signe de respectabilité."
Par M. Jacques Gohier, écrivain
(source : Ouest-France 23/10/2003)



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