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11/01/04
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Shirin Ebadi : "On ne mène une guerre que sur le champ de bataille"
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Shirin Ebadi, Nobel de la paix
L'avocate iranienne exerçant à Téhéran lutte pied à pied depuis plus de vingt ans contre l'oppression des femmes.
Musulmane, elle condamne l'instrumentalisation sexiste de l'islam. Entretien.
C'est une grande. Impressionnante du haut de son petit mètre soixante. Déterminée, impérieuse, impériale presque,
quand elle marque une pause pour allumer une blonde. qui ne s'embarrasse pas des questions anecdotiques, qui va au
fond des choses, avec, parfois des phrases lapidaires. Parce que son combat, véritable travail de fourmi sur le
terrain, à Téhéran, est urgent. Mais Shirin Ebadi, 56 ans, avocate iranienne, Prix Nobel de la paix 203, n'est pas un
monolithe de fermeté. Il y a dans son regard caramel une incroyable douceur qui laisse à penser que cette femme est pleine
d'amour, et sans doute une mère de famille géniale. On l'écoute avec attention, côte à côte avec la dessinatrice iranienne
Marjane Satrapi, qui assure la traduction, dans l'arrière-salle d'un café situé à une encablure de l'Assemblée nationale,
où elle vient tout juste d'être reçue. A la fin de la conversation, une évidence : oui, l'homme de l'année est définitivement
une femme. Elle s'appelle Shirin Ebadi.
(Propos recueillis par Marie Colmant, traduits du farsi par Marjane Satrapi)
Télérama : Le 10 décembre, quand vous avez reçu le prix Nobel à Oslo, vous l'avez dédié aux femmes musulmanes en lutte pour des droits qui leur ont été retirés tout au long de l'histoire. Que vouliez- vous dire ?
Shirin Ebadi : Pour moi, le plus important n'est pas tant que les femmes aient perdu leurs droits, mais qu'elles luttent pour les retrouver. Celui ou celle qui ne se bat pas contre l'oppresseur fait, de facto, alliance avec lui. En fait, je parlais essentiellement de la culture patriarcale, qui est le véritable ennemi du droit des femmes, mais aussi de tous les autres droits.
Vous dites : "La culture patriarcale et la discrimination contre les femmes, particulièrement en terre d'islam, ça ne peut pas durer éternellement." Pensez-vous que c'est cette culture, plus encore que la religion, qui a créé la discrimination ?
La culture patriarcale ne supporte ni la démocratie ni l'égalité entre les êtres. Elle intervient pour donner son interprétation, dans tous les domaines. Sur la psychologie des femmes, par exemple, on dira que les femmes sont plus sensibles. En médecine, on vous expliquera que le cerveau des hommes est plus complexe que celui des femmes, donc, que les hommes sont plus intelligents. Et, bien évidemment, cette culture donne aussi son interprétation de la religion.
L'islam aggrave-t-il cette situation ?
L'islam ne défend pas cette culture. En revanche, le patriarcat abuse de l'islam pour arriver à ses fins. C'est une différence fondamentale.
Dans ce contexte, quel rôle joue, selon vous, la tradition ?
En Orient, ce que vous appelez la tradition est directement issu de la culture patriarcale, qui est hostile aux femmes. Evidemment, son poids est beaucoup plus grand dans les pays musulmans, elle est à l'origine d'un certain nombre de drames, crimes d'honneur, violences conjugales, ou violences tout court qui vont jusqu'à faire des femmes des sous-êtres humains.
Jusqu'où peut-on défendre les droits des femmes en Iran ? Vous êtes-vous fixé des limites ?
La seule limite c'est la durée de ma vie.
Vous avez fait l'objet de menaces...
Depuis plus de dix ans je suis régulièrement menacée, ma famille aussi. J'ai fait de la prison. Mais rien ne m'arrêtera. La peur, c'est instructif, c'est comme avoir faim ou avoir envie de dormir. Alors, évidemment, à certains moments, j'ai peur. Mais cela ne concerne pas que moi et ma famille. N'importe qui luttant pour les droits de l'homme dans le monde a de bonnes raisons d'avoir peur. Moi, j'ai appris à la surmonter, car la lutte ne peut se mener que de l'intérieur. On ne mène une guerre que sur le champ de bataille.
Est-ce que ce prix Nobel vous donne une petite sécurité supplémentaire ?
Il a surtout été pour moi la preuve que j'étais sur la bonne route et qu'il fallait que je poursuive dans cette direction. Mais en ce qui concerne ma sécurité personnelle, je ne crois pas que le Nobel jouera un rôle décisif. J'ai d'ailleurs reçu d'autres lettres de menaces juste après l'annonce du prix.
Voyez-vous dans cette distinction une main tendue non seulement vers les femmes iraniennes mais aussi vers une religion, assez différente, somme toute, de l'image qu'en donnent les fondamentalistes ?
C'est évidemment un symbole très fort, et c'est aussi la raison pour laquelle j'ai dédié ce prix à toutes les femmes musulmanes qui luttaient dans le monde pour leurs droits. Les fondamentalistes font beaucoup de bruit, mais ils ne sont pas aussi nombreux qu'on le pense. En Iran, les conservateurs ne représentent que 15 % des voix, ce qui veut dire quand même que 85 % des Iraniens ne les approuvent pas.
Avant l'arrivée au pouvoir des mollahs en 1979, vous étiez juge. Ca n'a pas duré...
J'avais 32 ans, j'étais présidente du tribunal de grande instance de Téhéran. On m'a dit que, selon l'islam, les femmes n'avaient pas le droit de rendre la justice. On m'a proposé alors un poste de greffière. J'ai évidemment refusé. J'ai fait alors une grave et longue dépression dont je suis ressortie avec la conviction que la vie ne s'arrêtait pas à une fonction. Je me suis mise à l'écriture de livres, d'articles. Parallèlement, j'ai participé à la création d'un certain nombre d'ONG qui défendaient les droits de l'enfant, des femmes, et je suis entrée dans un cabinet d'avocats. Aujourd'hui, l'Etat iranien vient de modifier la loi pour permettre aux femmes de devenir à nouveau magistrates. Parce que, disent-ils, l'islam le permet. Le même islam qui l'interdisait il ya vingt-quatre ans.
Quelle était la situation des femmes en Iran avant la révolution ?
Elles avaient davantage de droits. Maris et femmes avaient un rôle égal dans la famille, et l'épouse avait même le droit de demander le divorce. Il s'agissait, cependant, d'un droit très relatif, car une femme au foyer que son mari battait depuis dix ans, que pouvait-elle faire sinon s'enfuir et mendier pour survivre ? Après la révolution, la situation s'est dégradée. Toutes les lois adoptées à l'époque remettaient en cause la situation des femmes. Mais en vingt ans, paradoxalement, le nombre de femmes faisant des études a beaucoup augmenté : aujourd'hui, 63 % des étudiants iraniens sont des étudiantes. Parce qu'elles sont éduquées, elles sont conscientes de l'oppression qu'elles subissent. C'est pour cette raison que le mouvement féministe est si fort en Iran. Grâce à leurs actions, elles ont obtenu des avancées, sur la garde des enfants en cas de divorce par exemple. Avant, les droits des Iraniennes leur avaient été accordées par le shah, qui voulait donner à l'extérieur une image moderne du pays. Aujourd'hui, ce sont des droits qu'elles ont arrachés par la lutte. Cela fait une différence profonde.
Que pensez-vous de la loi contre le voile à l'école que l'on prépare en France ?
Je suis absolument contre, car elle va encourager les fondamentalistes. Ces filles qui subissent déjà l'oppression de parents qui les forcent à porter le voile vont être, en plus, privées d'études. Or la seule chance qu'elles ont de s'émanciper un jour, c'est justement l'éducation. Alors, ne leur retirons pas cette chance. Des femmes illettrées, qu'on oblige à rester à la maison, c'est une victoire pour les fondamentalistes.
Un romancier algérien, Mohamed Kacimi a écrit (1) : "Derrière chaque voile, il y a trois mille ans de haine envers la femme qui nous regarde."
Il faut protéger ces filles des garçons qui les agressent. Concrètement, je pense qu'il faudrait créer des points d'accueil dans leurs quartiers pour recevoir les victimes de l'oppression de leur entourage, pour pouvoir les "sécuriser" et les aider à lutter pour leurs droits.
Quelle a été votre réaction quand des femmes ont manifesté à Téhéran en criant "A mort Shirin Ebadi" ?
Ces femmes-là sont des fondamentalistes qui ne croient pas tant que ça au fondamentalisme. Derrière elles, il ya les conservateurs. Elles sont manipulées. Car il n'existe pas une seule femme dans le monde qui pourrait supporter sans souffrance qu'on lui dise qu'elle n'est pas un être humain à part entière.
Qu'est-ce que vous dites à la jeunesse iranienne qui trouve que les choses ne bougent pas assez vite en Iran ?
Qu'il y a une différence entre la réforme et la révolution. Une révolution peut tout changer en une seule nuit alors que la réforme, quand elle est acquise, est beaucoup plus solide. Les conservateurs seraient ravis de voir éclater une révolte des étudiants ; une situation chaotique leur donnerait un prétexte pour attaquer la réforme. Et les Américains, qui ont rangé l'Iran dans l'axe du Mal, trouveraient là l'alibi idéal à une intervention militaire. La seule façon de sauver l'Iran, c'est la réforme et la démocratie. Un projet de loi est actuellement en cours de discussion pour permettre aux candidats des élections législatives, qui auront lieu dans trois mois, de se présenter librement sans être adoubés par le Conseil des gardiens de la révolution. Si ce projet de loi ne passe pas, alors les Iraniens déserteront les urnes et les conservateurs remporteront les élections haut la main. La situation est très dangereuse.
Il y a en France des gens pour dire que l'Iran est un pays moderne en matière des droits de la femme. Que leur répondez-vous ?
Que la situation des femmes en Iran est déplorable, mais qu'elle reste enviable par rapport à n'importe quel autre pays islamique. L'Arabie saoudite, par exemple, où les femmes n'ont pas le droit de conduire, et où elles n'ont aucune représentante au Parlement, alors que chez nous, nous avons treize femmes parlementaires. Mais dans l'absolu, l'Iran n'est évidemment pas un modèle.
A l'arrivée des mollahs, du jour au lendemain, vous avez été obligée de porter le voile. Quel effet cela vous a-t-il fait ?
J'ai eu l'impression qu'on me réprimait, qu'on voulait faire de moi un être humain différent.
On s'habitue ?
Non, on ne s'y habitue pas, mais ça fait partie des lois de mon pays et je respecte ces lois. Si je m'y étais habituée, aujourd'hui, je serais assise avec un voile en face de vous.
(1) Dans une tribune publiée par Libération le 10 décembre
(source : Télérama n° 2816 - 31 décembre 2003)
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01/02/03
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Reza Pahlavi :
"Le régime des mollahs mène à l'impasse" |
Né à Téhéran en 1960, Reza Pahlavi, fils aîné du dernier chah d'Iran, a quitte son pays en 1978 pour effectuer un
stage de pilote de chasse en Amérique. La révolution islamique de 1979 l'a empêché de retourner chez lui.
L'héritier du trône d'Iran vit aujourd'hui aux Etats-Unis, où il tente de fédérer l'opposition, au régime des mollahs.
(Propos recueillis par Renaud Girard)
LE FIGARO. - Pensez-vous que dans votre pays, l'Iran, le pouvoir des mollahs touche à sa fin?
Reza PAHLAVI. - Il est clair qu'aujourd'hui le régime en Iran va vers une impasse, à l'image de l'Union soviétique de la fin des
années 80.
- Quand vous parlez du régime, vous ne faites pas de différence entre les "modérés" du président Khatami et les
"radicaux"de l'ayatollah Khamenei...
Non, je ne fais pas de différence. Car les iraniens ont compris aujourd'hui que le système ne pouvait être réformé en l'état.
Une théocratie fondée sur la loi coranique n'est pas compatible avec la démocratie. c'est pourquoi la question de la laîcité est
essentielle dans mon pays. Je pense que la séparation de l'Etat et du clergé est une condition indispensable à l'établissement
de tout régime démocratique.
- Pensez-vous que les iraniens seraient prêts à rétablir la monarchie, que vous représentez en tant qu'héritier au
trône ?
Avant d'envisager la forme finale que prendra notre démocratie futur, il faut que les Iraniens se mettent d'accord sur des
principes fondamentaux : séparation de l'Etat et du clergé, incorporation dans la Constitution iranienne de tous les articles
de la Déclaration universelle des droits de l'homme, gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.
- Personnellement, seriez-vous favorable à une monarchie constitutionnelle de type espagnol ?
Comme je l'ai dit dans mon livre Winds of Change (Reigery éditeur), je préconise un référendum national, à travers lequel les
Iraniens feront leur choix final. Ce sera aux Iraniens de décider s'ils préfèrent une république ou une monarchie
constitutionnelle. Il va sans dire que si les Iraniens se prononçaient pour la monarchie constitutionnelle, nous reprendrions
des modèles connus (Espagne, Suède, Royaume-Uni, Japon, etc.), dans lesquels le monarque règne mais ne gouverne pas.
J'aimerais simplement souligner qu'aujourd'hui ma seule préoccupation, la seule tâche que je me suis assignée, n'est pas de
chercher à monter sur le trône, mais d'aider l'Iran à se démocratiser.
- Etes-vous favorable, dans l'état actuel des choses, à une invasion américaine de l'Irak ?
Dans l'immédiat, non. Je pense que la guerre ne devrait être qu'un dernier recours, une fois tous les autres moyens épuisés.
- A quel moyen faites-vous allusion ?
Si les inspecteurs de l'ONU demandent davantage de temps pour achever leur travail, je pense qu'il faut le leur donner.
Je salue par ailleurs l'initiative saoudienne qui cherche à obtenir un départ pacifique de Saddam Hussein, afin d'éviter toute
effusion de sang sur le sol irakien. Je pense que toutes les phases d'un processus onusien normal - qui bien sûr ne soit pas
infini - doivent être respectées dans cette affaire.
- Est-ce à dire que vous approuvez la position de la France, laquelle réclame une seconde résolution du conseil de
sécurité des Nations unies pour autoriser une invasion militaire de l'Irak ?
Je pense que la position française, qui est partagée par une grande partie des pays membres de l'ONU, est raisonnable. La
France cherche à épuiser tous les moyens avant la guerre. De plus, la Charte des Nations unies exige clairement un vote du
Conseil de sécurité avant tout recours à la force.
- Pensez-vous qu'un proconsulat militaire américain en Irak de 18 mois, tel qu'il a été dessiné par plusieurs
stratèges du pentagone, serait viable ?
Vous vous placez dans l'hypothèse d'un remplacement de Saddam Hussein par l'opposition irakienne. si une présence militaire
anglo-américaine, limitée dans le temps, permet la stabilisation du pays, je ne suis pas contre. Mais l'important est que ce
soient des Irakiens, représentant toutes les factions de l'opposition irakienne actuelle qui gouvernent au plus tôt leur pays.
(source : Sud-Ouest)
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10/11/02
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FESTIVAL DU FILM DE SARLAT. -- La venue du réalisateur iranien Abbas
Kiarostami, Palme d'or 97 à Cannes, a marqué cette onzième édition. Le
cinéaste n'a pas ménagé son temps avec les lycéens |
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Abbas Kiarostami se dévoile peu. Autant dire que sa venue à Sarlat a créé
l'événement. Palme d'or à Cannes en 1997 pour « le Goût de la cerise », le
cinéaste iranien est maintes fois cité en exemple par des réalisateurs tels
que Moretti, Godard, Kusturica, Tarantino ou Klapisch.
A Sarlat, Kiarostami ne vient pas pour se montrer. L'homme fuit les caméras
de télévision, se décide en fonction du moment et s'isole fréquemment pour
prendre quelques clichés avec un petit appareil photo qu'il porte constamment
autour du cou. Peu d'entretiens. « Uniquement la presse locale », a-t-il
décidé.
Si Kiarostami est là, c'est pour les 700 lycéens qui tournent et montent
leurs petites séquences au contact des professionnels. Ainsi, pendant deux
jours, les élèves du lycée de Foix (Ariège) ont eu droit à une inoubliable
leçon particulière d'exigence et de rigueur. Comme dans ses propres films,
Kiarostami, l'intègre, a refusé que « ses » élèves tournent avec les jeunes
comédiens professionnels prévus et a choisi des protagonistes amateurs. Ce
qui n'a pas empêché les apprentis de négocier chaque plan, chaque coupe lors
du montage final. Entretien avec le maître.
« Sud-Ouest » :
Vous venez à Sarlat parce que les lycéens sont présents. Cette transmission
du savoir est-elle essentielle pour vous ?
Abbas Kiarostami :
Je travaille avec de nombreuses écoles du cinéma dans des ateliers de
réalisation de films. Mais ce qui distingue Sarlat du reste, c'est qu'ici, on
prend conscience que l'enseignement du cinéma commence dès le lycée. Cette
idée, née en France, est extraordinaire, formidable. Ainsi, le cinéma entre
dans les études au même titre que d'autres matières, comme la littérature ou
les mathématiques. A Sarlat, j'ai découvert comment cette belle idée était
mise en pratique. Je trouve même que la collaboration avec les élèves était
meilleure que celles que je peux avoir avec des équipes professionnelles.
Quelle réaction avez-vous quand on vous dit que votre film « le Vent nous
emportera » est retenu pour l'épreuve du baccalauréat 2003 ?
Naturellement, beaucoup de satisfaction. Mais aussi une interrogation qui
porte sur le rôle des professeurs qui deviennent des intermédiaires entre mes
films et les lycéens. Que vont-ils donner de plus aux élèves pour leur
permettre de mieux saisir mes films ? A vrai dire, je travaille depuis vingt
ans pour les jeunes. Mais ce que leur apportent mes films, c'est quelque
chose qui me dépasse.
Allez-vous fréquemment au cinéma ?
Très, très peu. Je ne veux pas prendre le risque d'entrer dans une salle pour
voir un film sur lequel je ne sais rien. Assez souvent, je vais voir les
films dont je sais que je vais les aimer. A cause du nom du metteur en scène.
Vous savez, les films sans prétention des élèves sont très bons et me
procurent autant de plaisir que celui d'un professionnel.
Quel regard portez-vous sur le poids du cinéma américain ?
D'abord, je différencie le cinéma hollywoodien et le cinéma américain. La
solution pour remédier à cette domination passe, à mon avis, par ce que la
France est en train d'accomplir : introduire le septième art dans les écoles.
Je remarque ici que les films réalisés par les élèves sont très peu inf
luencés par Hollywood. Je me souviens de la fête autour du centenaire du
cinéma. Je faisais partie des 100 réalisateurs que la France avait invités.
Ce jour-là, à l'Elysée, le président Mitterrand avait prononcé un petit
discours en donnant des conseils audacieux aux cinéastes. Il leur demandait
de concevoir leur propre cinéma pour résister à l'invasion destructrice du
cinéma hollywoodien.
Comment se porte le cinéma en Iran ?
On pensait que l'épanouissement soudain du cinéma iranien, ces dernières
années, n'allait durer qu'un temps. Comme cela fut le cas pour d'autres
cinémas, italien ou japonais par exemple. Or, on voit que cet épanouissement
continue, surtout grâce aux jeunes cinéastes. En tout cas plus longtemps
qu'on le prévoyait. Nous n'avons évidemment pas les mêmes armes financières
que le cinéma hollywoodien. Mais, en Iran, les idées compensent le manque
d'argent.
(source : Sud-Ouest)
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